Tabiyet Nahassin

Responsable d’opération : Kathrin Machinek

Le site de fouille de Tabiyet Nahassin se trouve au centre-ville d’Alexandrie. Il est limité au nord par la façade du fort Nahassin, que le Ministère des Antiquités a gracieusement mis à disposition du CEAlex comme dépôt archéologique. Au sud, le terrain est bordé par la rue Sultan Hussein, à l’ouest par le bâtiment du Club de la Jeunesse et à l’est par le jardin de Shallalat. La parcelle, d’une superficie de 40 m par 17 m environ, présente un dénivelé de 3,50 m entre le niveau de la rue et le bas du fossé actuel devant la façade du fort.

Jusqu’en 2015, le site était occupé par un dispensaire, édifié vers 1970. Après son arasement, le département des antiquités islamiques, propriétaire de la parcelle, a demandé au CEAlex de construire un mur d’enclos pour répondre à la loi égyptienne concernant les dépôts archéologiques en ville.  

Le fort Nahassin est le seul vestige d’un bastion érigé en 1845 contre la double muraille médiévale et servait alors de cartoucherie (« nahassin »). L’ensemble de la ceinture bastionnée, édifiée sous les ordres du colonel Gallice bey, a été arasé vers la fin du XIXe siècle, mais figure sur de nombreuses cartes anciennes. L’analyse de ces cartes topographiques suggère que le front sud du bastion, matérialisé par la cartoucherie, a été placé sur le tracé de l’avant-mur, après avoir arasé une portion de ce dernier. Cette hypothèse est appuyée par les vestiges médiévaux qui subsistent aux alentours du site : une tour d’angle (extra-muros) à l’est et la citerne el-Nabih (intra-muros) à l’ouest définissent les points de repères pour le calage du tracé. D’autre part, le sous-sol de la cartoucherie est doté d’une série de fenêtres et d’une porte qui desservent jusqu’aujourd’hui le fossé devant la façade sud. Ce fossé marque le dénivelé entre la ville et le terrain extra-muros et pourrait correspondre à l’espace entre l’ancien mur principal et l’avant-mur de la double muraille médiévale.

Ce contexte historique et topographique suggérait la possibilité que le tracé de la muraille médiévale soit présent sur le périmètre de la parcelle et nous a amenés à compléter les travaux préparatoires pour la construction du nouveau mur par un diagnostic archéologique qui s’est tenu du 16 juin au 19 décembre 2019.

L’évacuation du pavement et des fondations en béton armé du dispensaire, ainsi que des déblais de fouille à l’aide d’un mini-chargeur et de camions-bennes, est venue suppléer le travail manuel de nettoyage et d’excavation. En dessous du soubassement du dispensaire, les vestiges de plantations liées à l’installation du jardin de Shallalat au début du XXe siècle ont été mis au jour sur toute la superficie du terrain. Dans la partie ouest du site, un sondage a révélé une occupation d’une remarquable continuité stratigraphique qui a permis l’étude de vestiges allant du XIXe siècle jusqu’à la période romaine.

Une longue occupation antique, dont les vestiges d’époque impériale ont été atteints, a été mise au jour. Le secteur paraît être alors destiné à un espace d’habitat, dont le statut se manifeste par la découverte de nombreux enduits peints, de quelques tesselles de mosaïque, et d’un riche mobilier de consommation (vaisselle de céramique et de verre). De plus, les vestiges d’une cuisine, avec deux fours circulaires fonctionnant en batterie, viennent préciser la fonction de cet îlot d’occupation.

À la suite d’une phase d’abandon de ce secteur de la ville antique caractérisée par la présence de terres noires liées à des fosses de plantations, les murs du quartier d’habitat antique ont été la cible principale de tranchées pouvant atteindre plus de deux mètres de profondeur visant à récupérer les matériaux de construction relativement accessibles qu’ils offraient, sans doute dans le cadre de la construction de la muraille et de ses remaniements. Les niveaux liés à la construction et à l’occupation du fort Nahassin ont pu être documentés, offrant un témoignage précieux de la vie quotidienne de cette période, de la fondation du monument au milieu du XIXe siècle, jusqu’à sa vie de dépôt archéologique d’aujourd’hui. En revanche, les vestiges du mur principal de l’enceinte médiévale doivent se situer en dehors du secteur examiné, des talus de débris et de moellons calcaires indiquant sa présence plus au sud-ouest, sous le parking de la rue Sultan Hussein.