Sommaire
Activités du projet de recherche
Thèmes en cours de développement :
Repères chronologiques
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18 -19 avril 2008, salle Massignon, Centre culturel français, Alexandrie
9 et 10 mars 2007, Aix-en-Provence, Salle Paul-Albert
Février MMSH
"La ville d’Alexandrie au XVIIIe et début XIXe
siècle
Evolution urbaine, société, économie, institutions
"
18, 19 et 20 septembre 2005, IFAO, Le Caire.
Résumés des contributions
présentées lors du colloque
Ce colloque était organisé par le Centre
d’Etudes Alexandrines (CEA, Alexandrie), le Centre d'Etudes et de
Documentation Economiques, Juridiques et Sociales (CEDEJ, Le Caire), l’Institut
Français d’Archéologie Orientale (IFAO, Le Caire)
et l'Institut de Recherche et d'Etudes sur le Monde Arabe et Musulman
(IREMAM, Aix-en-Provence), avec le soutien de la Région Provence-Alpes-Côte
d’Azur et l’Université de Provence
L’évolution démographique
et urbaine : les formes spatiales
Valentine Durand, doctorante, Université
de Provence : « L'évolution urbaine d'Alexandrie au XVIIIe
siècle à partir de quelques grands waqfs »
La ville est un ensemble d'espaces, social, politique et
économique entre autres, qui se juxtaposent, se chevauchent, se
superposent. Ces différents espaces de relations s'articulent à
l'intérieur de l'espace géographique de la ville, qui devient
par conséquent le miroir concret d'une structure complexe de la
réalité. L'analyse de la ville nécessite donc l'étude
de cet espace et de la toponymie qui le structure. Grâce au croisement
des informations extraites de 200 documents de waqf du tribunal d'Alexandrie
rassemblés dans la base de données réalisée
par l'équipe du CEDEJ, nous avons pu commencer à mettre
en évidence l'organisation spatiale de la péninsule d'Alexandrie
au XVIIIe siècle, situer les grandes "zones" (hâra),
quelques grands "axes" (khat), et confirmer la répartition
des activités dans la péninsule. Nous présenterons
donc un ensemble de cartes fixant une image possible de la conception
spatiale de la ville au XVIIIe siècle. Cette première approche
de l'espace de la ville est appelée à s'affiner puisqu'elle
ne donne qu'une ébauche de la structure spatiale d'Alexandrie au
XVIIIe siècle, mais permet déjà de construire un
schéma approximatif sur lequel pourra s'appuyer la recherche historique.
Michel Tuchscherer, professeur, Université
de Provence : « Vergers, et jardins autour d'Alexandrie au XVIIIe
et au début du XIXe siècle »
A l’époque ottomane, Alexandrie formait un
espace urbain éclaté. A côté d’un centre
désormais établi sur la presqu’île (djazîra
khadrâ’) entre les deux ports, plusieurs noyaux périphériques
existaient, la plupart situés à l’intérieur
de l’ancienne enceinte. Entre ces zones bâties discontinues
s’étendaient des espaces plus ou moins vastes, désertiques
ou cultivés, qui entretenaient avec les différents noyaux
urbains des rapports complexes, révélateurs des dynamiques
à l’œuvre dans la ville.
Nous limitons cette première approche à l’étude
des jardins (basâtîn) et des vergers (djanâ’în)
dans la ville intra-muros (dakhil al-thaghr). Elle est menée à
partir du croisement des données tirées d’une centaine
de documents des registres du tribunal d’Alexandrie, avec les observations
des voyageurs et les données cartographiques.
Cette étude retrace dans la longue durée, du XVIe au début
du XIXe siècle, l’évolution de ces espaces cultivés.
A une longue phase de lent déclin et d’abandon partiel, concomitante
du déplacement d’une partie des habitations et de l’essentiel
des activités économiques vers la presqu’île,
succède au cours du XVIIIe siècle un retour d’intérêt
pour ces vergers. Non seulement les grandes familles de négociants
alexandrins, mais aussi des membres de la nouvelle et influente communauté
syrienne réinvestissent dans cet espace, avant même les grands
aménagements entrepris sous Muhammad Ali, et en particulier le
creusement du canal de Mahmudiyya.
Ghislaine Alleaume, directrice de recherche au
CNRS, IREMAM (Aix-en-Provence) : « Evolution démographique
et occupation de l’espace d’Alexandrie au tournant des XVIIIe
et XIX siècle »
Alexandrie connaît, au cours du XIXe siècle,
un fabuleux essor, que manifeste de façon éclatante la croissance
exceptionnelle de sa population : en 1897, la modeste bourgade, d’une
quinzaine de milliers d’habitants que découvraient avec une
stupeur désolée les compagnons de Bonaparte s’est
transformée en une métropole de près de 320.000 habitants
et imposée comme la seconde capitale de l’Égypte.
Si tout le monde s’accorde sur ces bornes extrêmes, —
dont la première est, pourtant, incertaine —, le rythme de
la croissance et ses modalités restent des questions encore controversées.
L’évaluation de l’urbanisation durant la première
moitié du XIXe siècle est plus difficile encore à
restituer, en raison notamment de la primauté accordée à
la ville intra-muros, lentement reconquise, mais dont l’aménagement
n’est réellement pris en charge que durant la seconde moitié
du siècle, au détriment de la presqu’île, considérée
comme inchangée alors qu’elle est en réalité
le premier centre de focalisation des politiques urbaines. C’est
à éclairer ces deux points que cette communication entend
contribuer, à partir d’une part, des archives censitaires
(firda de 1823-24, recensement de 1848), d’autre part de l’analyse
des documents cartographiques (Description de l’Égypte, carte
de Müller et carte de Falakî
Espaces militaires
Kathrin Machinek, architecte, CEAlex : «
Aperçu sur l’histoire moderne des fortifications d’Alexandrie
»
Dans l’histoire de la ville d’Alexandrie nous
trouvons deux types distincts d’architecture militaire : le premier
est celui des fortifications médiévales. Elles sont caractérisées
par des murailles hautes et des tours flanquantes sur plan rectangulaire
ou circulaire, capables de résister aux armes traditionnelles des
armées arabes.
Le deuxième type de fortification est né en Europe pendant
la Renaissance suite à la découverte de la poudre pour l’artillerie
lourde. Cette architecture avec ses ouvrages enterrés, bastionnés
et sur plan pentagonal vit son apogée au XVIIe siècle avec
les forteresses de Vauban. Leur but était d’offrir un minimum
de surface d’attaque et d’éliminer les angles morts.
Ce nouveau genre est adopté à Alexandrie très tardivement,
au milieu du XIXe siècle.
Je présenterai l’évolution des fortifications alexandrines
à partir du XIVe siècle jusqu’à leur disparition
quasi-totale au XXe siècle. Les recherches sur ces monuments se
basent par conséquent principalement sur des documents historiques
et peu sur des témoignages archéologiques. A l’époque
mamelouke, nous observons la création de cinq nouveaux forts pour
la défense des deux ports, ainsi que la réfection de la
muraille arabe après le raid par Pierre de Lusignan en 1365. L’époque
ottomane est marquée par le réaménagement des fortifications
existantes, leur réemploi à des fins civiles et leur abandon.
Pour l’instant, nous n’avons pas connaissance de constructions
propres à cette époque.
L’expédition d’Egypte apporta des modifications aux
fortifications, complétées par l’établissement
de lignes de batteries extérieures, la construction de plusieurs
forts et une nouvelle portion de muraille. A la fin du règne de
Mohamed Ali, on modernisa les fortifications suivant les principes de
Vauban. L’ingénieur français du génie civil
Barthélémy Gallice ajouta des ouvrages bastionnés
à la muraille, rénova des forts et fit construire d’autres
ouvrages isolés extra muros. Déjà durant les travaux
de Gallice Bey débuta le démantèlement des fortifications,
conséquence de la création de nouveaux quartiers urbains.
On commença à araser la partie nord de la muraille à
partir de 1842 ; la démolition et l’extension de la ville
moderne se poursuivirent vers le sud puis l’est. En 1917, les fortifications
historiques étaient réduites aux quelques vestiges qui subsistent
jusqu’à nos jours.
Salâh Harîdî, professeur, Université
d’Alexandrie : «Le fort Qal’at al-Rukn et sa garnison
au XVIIIe siècle»
Cette étude porte sur la Forteresse du Triangle
(Qal’at al-Rukn) et sa gestion au XVIIIe siècle. Il est question
des milices stationnées dans cette forteresse, de leurs activités
militaires et économiques, de leur vie sociale. Nous évoquons
en particulier leur rôle dans des sociétés commerciales,
dans certaines activités professionnelles ou dans le marché
de l’immobilier, les procédures suivies dans le règlement
de litiges survenus entre eux ou avec d’autre groupes sociaux, les
questions relatives au mariage, à l’acquisition ou l’affranchissement
d’esclaves.
Espaces religieux
Nacereddine Saïdouni, professeur, Universités
d’Alger et de Koweït : « Espace religieux à Alexandrie
à travers les récits des pèlerins maghrébins
»
Cette étude aborde la question de l'espace urbain
d'Alexandrie à l'époque ottomane à travers l'espace
religieux et ses composantes que sont les mosquées, les oratoires,
les madrasas, les lieux de pèlerinage et les autres vestiges archéologiques
et établissements importants de la vie culturelle et spirituelle
de la ville.
La question est envisagée à travers le contenu des récits
de voyage et des textes élaborés par l'ambassadeur de Grenade
auprès du souverain mamelouk, Al-Hasan al-Wazzan (Léon l'Africain),
Abû Sâlim el-Ayyâshi, Al-Husayn al-Wartilânî,
Mahûd Maqdîsh, Abû al-Qâsim al-Ziyâni, Abd
al-Razzâq ben Hamadûsh et l'Emir Abdelkader.
L'étude de ces récits et textes permet une connaissance
partielle de l'état urbanistique de la ville et l’identification
d’une partie importante de ses éléments urbains, architecturaux
et archéologiques tels que les tombeaux des saints et des savants
importants visités par les pèlerins, mais aussi les vestiges
plus connus que sont la colonne de Pompée, le phare, le bassin
d'eau, l'hippodrome, les obélisques, les bains et les catacombes.
Les récits et textes de pèlerins permettent aussi de dresser
un tableau de la vie culturelle et sociale à Alexandrie, ville
qui représentait l'étape la plus importante des pèlerins
maghrébins au cours de leur long voyage et servait aussi de trait
d'union de lieu d'échange entre le Maghreb et l'Egypte.
Les récits et les textes des pèlerins sont aussi un précieux
complément des indications contenues dans les documents d'archives
et les registres des tribunaux. Toutefois, il est nécessaire d'en
faire une analyse critique afin de d’éviter les répétitions,
de lever les ambiguïtés et d’interpréter les
affirmations superficielles qui les caractérisent parfois, afin
de dresser une image vivante de la réalité de la vie quotidienne
à Alexandrie notamment en ce qui concerne les rapports humains,
les relations avec le pouvoir ainsi que les questions culturelles, économiques
et religieuses.
Institutions politiques et administratives
Faruk Bilici, maître de conférences
habilité, INALCO, Paris : « Les relations entre les autorités
locales d'Alexandrie et celles du Caire à travers les documents
en osmanli des registres du mahkama d'Alexandrie »
La composition interne des registres des tribunaux dans
les provinces indique pour l’ensemble de l’Empire ottoman
une certaine cohérence. Les actes émanent en général
du cadi de la ville. Mais ils reflètent également les activités
multiples de ce magistrat : actes notariés, procès-verbaux,
enregistrement des divers ordres et documents venus du gouverneur de la
province ou du souverain. L’hypothèse de départ de
cette étude est que dans les différents registres du Mahkama
d'Alexandrie, les documents en turc ottoman sont susceptibles de nous
fournir des renseignements nettement plus précis sur les différentes
institutions de la ville que ceux rédigés en arabe. Dans
cette perspective, il n’était pas possible d’étudier
la totalité des registres du Mahkama d’Alexandrie pour le
XVIIIe siècle. Cependant, de larges sondages révèlent
que dans tous les registres, des documents en ottoman côtoient ceux
rédigés en arabe. L’objet de cette communication est
d’analyser le contenu de deux registres, les numéros 101
et 107, couvrant les années 1771 à 1773, puis 1793 à
1804. La période de l’Expédition d’Égypte
étant laissée en dehors de cette étude, c’est
donc essentiellement les actes de ce premier registre qui ont fait l’objet
d’une analyse à la fois quantitative et qualitative.
La plupart des documents consignés dans ces registres sont des
ordres (firmans, instructions, buyruldu, etc.) venant soit de la capitale
ottomane soit du diwân d’Egypte et portant sur des sujets
extrêmement variés mais essentiellement liés à
la sécurité des marchands, des consuls, des navires, au
recrutement de marins, à la fourniture des produits de première
nécessité pour la capitale ottomane (riz, mais aussi matières
premières pour la construction de navires etc.). Ils sont adressés
surtout au cadi, à l’intendant des taxes (Havale Agasi),
à l’intendant du bey (Beg Kethüdasi), au vice intendant
des douanes (Gümrük Vekili), aux commandants des forteresses
et des Janissaires. Mais on y trouve aussi des documents qui servent de
réponses aux ordres reçus, ou encore des actes judiciaires
signés par le cadi d’Alexandrie, ce qui augmente la valeur
informative de ces documents. Le degré d’exécution
des ordres reçus par les autorités locales peut se mesurer
à l’aune des actions prises et consignées, en rapport
à ces ordres. Une personne est totalement absente dans cette correspondance,
c’est le sandjakbey. Comparés systématiquement avec
les matériaux trouvés aux archives à Istanbul, ces
documents nous permettent d’appréhender les rapports entre
les différents interlocuteurs et les hiérarchies : autorités
centrales, autorités du Caire, autorités alexandrines.
Nora Lafi, chercheur au Centre de l’Orient
Moderne de Berlin : « Aspects du gouvernement urbain à Alexandrie
au moment de l'occupation française: la confrontation entre ancien
régime et modernité »
L’étude des modalités de gouvernement
urbain dans les villes du monde arabe et de l’histoire de leurs
transformations constitue aujourd’hui un des horizons importants
du renouvellement historiographique. On se situe là en effet au
croisement de plusieurs enjeux clés dans la compréhension
de l’évolution des sociétés, avec peut-être
comme question principale la place des instances profanes et locales de
gouvernement. Si on connaît bien en effet l’évolution
des instances centrales, et de mieux en mieux celle des formes d’organisation
religieuse ou communautaire de la vie sociale, la connaissance des formes
d’organisation civique au niveau urbain ne relevant ni directement
de la sphère d’un Etat central, quelle que soit sa déclinaison,
ni directement de celle des autorités religieuses, demeure largement
fragmentaire et encore marquée par le passif d’une historiographie
qui, pour différentes raisons, en a longtemps minimisé l’importance.
De nombreux éléments existent pourtant désormais
allant dans le sens d’une réévaluation de ces formes
d’organisation sociale dans les villes du monde arabe, qui servent
aujourd’hui de fondement à une importante et convergente
entreprise de renouvellement historiographique. Dans ce contexte, les
questionnements généraux sur le gouvernement urbain rencontrent
tout particulièrement la thématique du passage d’un
ancien régime de gouvernement urbain, dont je tâcherai de
définir les modalités essentielles, à la modernité
administrative, souvent vécue sous sa forme municipale. M’inscrivant
dans ce courant de relecture des données relatives à la
gestion des villes, j’ai dans des phases précédentes
de mon parcours de recherche concentré mon attention tout d’abord
sur le Maghreb ottoman, avant d’élargir peu à peu
le cadre tant géographique que thématique de mes questionnements.
C’est de cette manière que j’en suis arrivée
à revenir à l’Egypte, domaine de mes premières
recherches historiques, et particulièrement aux cas d’Alexandrie
et du Caire à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle,
qui me paraissent emblématiques à de nombreux égards
à la fois des changements en cours à cette époque
dans la manière de gérer les villes, et des nouvelles manières
d’aborder la question suggérées par les tendances
actuelles de l’historiographie. L’abondance pour ces villes
d’archives de chroniques et de sources écrites, renforcée
par les apports du présent programme de recherche, constitue également
un élément important, contribuant à faire des ces
études de cas les supports d’explorations thématiques
susceptibles d’être ensuite appliquées à d’autres
cas pour lesquelles la documentation et l’avancement de la recherche
ne sont pas toujours aussi favorables au renouvellement des questionnements.
Mervat Ahmad, doctorante, Université du
Caire : « La shurta à Alexandrie »
Même si elle perdit beaucoup de son importance commerciale
à la fin du XVe siècle, Alexandrie n’en continua pas
moins, dans les siècles suivants, à jouir d’une position
privilégiée et resta le principal port d’Égypte.
Cela suffisait à justifier qu’elle fût dotée
d’une institution pouvant en assurer la sécurité et
la protection. La police était au premier chef chargée de
la sécurité, mais elle exerçait aussi un certain
contrôle administratif et judiciaire, ne serait-ce que par la responsabilité
qui lui incombait dans la lutte contre la criminalité.
Lors de la communication présentée au cours du colloque,
nous avons d’abord décrit l’organisation institutionnelle
de la police et mis en évidence le rôle qu’elle jouait
dans la cité, en analysant ce qui pouvait en faire les spécificités.
Puis nous avons suivi son évolution au cours du siècle en
nous arrêtant sur les transformations que lui imposa l’occupation
française. Nous avons enfin étudié les liens qui
unissaient la police d’Alexandrie à celle du Caire, en abordant
la question du centralisme politique.
Il faut souligner ici qu’aux XVIe et XVIIe siècles l’appareil
policier à Alexandrie exerçait également une forme
de contrôle social, largement effectif, à l’exception
de quelques périodes de crises. Au XVIIIe siècle par contre,
il apparaît très affaibli, souvent incapable d’assurer
la sécurité des habitants et du négoce.
La question centrale de cette étude est par conséquent de
comprendre les causes ayant conduit à l’échec de ce
dispositif à la fin du siècle, d’en évaluer
les conséquences et de saisir l’attitude de la population
face à cette situation.
La société
Karîma Thâbit, étudiante en
master, Université de Mansurah : «Les femmes devant le cadi
à Alexandrie»
Les affaires portées devant le tribunal d’Alexandrie
et concernant des femmes se multiplièrent au cours de la seconde
moitié du XVIIIe siècle. Elles apparaissaient à la
fois comme plaignantes et comme accusées, directement ou à
travers leurs représentants légaux. Les documents consignés
dans les registres du tribunal permettent de suivre les activités
quotidiennes des femmes à Alexandrie, et de là de saisir
certains aspects de sa condition sur les plans économique et social.
C’est par nécessité que les femmes étaient
amenées à exercer diverses activités sur les marchés,
ce qui les obligeait tantôt à faire preuve d’intelligence
et de savoir faire, voire de force physique, tantôt à recourir
à la parole afin de préserver leurs intérêts
économiques. Par ailleurs, la diversité des affaires pénales
dans lesquelles étaient impliquées des femmes reflète
les conditions sociales particulières réservées à
la femme à Alexandrie. Comparées à celles qu’elles
connaissaient au Caire ou dans d’autres villes durant la même
période, elles apparaissent comme particulièrement dures.
Il est certain que la fonction de la ville comme port ouvert sur la Méditerranée
a joué un grand rôle dans la formation de la personnalité
de la femme, dans la mesure où cette situation particulière
obligeait les hommes à gagner leur vie sur mer et à s’absenter
longtemps, laissant femmes et filles seules face à des responsabilités
qui autrement, incombaient aux hommes. Ceci contribuait à donner
à la femme d’Alexandrie des traits de caractère spécifiques
la distinguant de celle du Caire ou des autres villes de l’intérieur
de l’Egypte et explique le rôle particulier qu’elle
a joué aussi bien sur le plan économique que social.
Nâsira ‘Abd al-Mutadjalli, étudiante
en master, Université de Banha : « Répudiation et
éclatement familial à Alexandrie à la fin du XVIIIe
siècle »
Dans cette étude, nous avons mené une analyse
de la société d’Alexandrie durant le dernier quart
du XVIIIe siècle à partir de l’observation du phénomène
de l’éclatement des familles et de ses effets sur ses membres.
Nous nous sommes basée sur les registres du greffe du tribunal
d’Alexandrie qui, plus que ceux d’autres villes pour cette
période, fournissent une information particulièrement dense
sur cette question. Nous ne nous sommes pas nous arrêtée
sur les aspects juridiques de la répudiation, ni n’avons
traité de manière détaillée les causes telles
que les effets de la situation politique ou économique, les crises
sociales, les famines ou les épidémies. Nous avons plutôt
abordé le phénomène comme l’expression d’un
comportement social ayant eu des effets négatifs sur les membres
de la famille.
S’il est évident que la répudiation nuit à
la femme, elle a aussi des effets très négatifs pour l‘homme,
notamment à travers la charge que représentait la demande
de pension plus élevée dans une période de difficultés
économiques et d’inflation. S’agissait-il alors pour
la femme d’obtenir une compensation à l’augmentation
des prix ou de mettre en difficulté matériellement le mari
qui avait laissé à sa charge les enfants ? ou avait-elle
la volonté de se venger d’un remariage de son ancien mari
? ou souhaitait-elle faire ainsi pression sur lui pour l’inciter
à revenir vers elle sans pour autant l’exprimer ouvertement
? En outre, nous nous aussi intéressée aux effets sur les
enfants.
Imâd Hilâl, maître de conférences,
Université de Suez : « La délinquance à Alexandrie
»
Cette étude a porté sur deux thèmes
principaux. Nous avons d’abord tenté de déterminer
quelles étaient les catégories sociales (habitants de la
ville, étrangers, bédouins, militaires) concernées
par la délinquance à Alexandrie et de mesurer quelle était
l’importance du phénomène selon chacune d’elles.
Ensuite, nous nous sommes intéressé aux diverses formes
de délinquance et leur fréquence, puis à la manière
dont les institutions de la police et de la justice agissaient face au
phénomène, sachant que dans certains cas le cadi n’avait
pas compétence dans les affaires pénales.
Sabri Ahmad al-‘Adl Ali, maître de
conférences à l'Université de Zagazig-Banha, chercheur
aux Archives nationales d'Egypte, Le Caire : « Les ulémas
dans la société alexandrine au XVIIIe siècle»
Le groupe des ulémas a joué un rôle
important dans l’élaboration de la vie culturelle et scientifique
de la société égyptienne à l’époque
ottomane. C’est pourquoi il y bénéficiait d’une
place éminente et jouissait de marques de multiples considérations
sociales et religieuses. En cela, Alexandrie ne différait guère
des autres villes de cette époque, même si certains traits
spécifiques peuvent être décelés, résultant
des particularités de la société alexandrine, notamment
lorsqu’on la compare à celle du Caire.
Cette étude a donc porté sur le rôle des ulémas
dans l’élaboration d’une culture et d’idées,
dans la capacité de la société à les recevoir.
Nous avons tenté en particulier de répondre aux question
suivantes de savoir ce qu’était un uléma à
Alexandrie, quelle place il occupait dans la société locale,
de quels revenus il disposait et quels rapports il entretenait avec les
autres groupes sociaux.
Magdi Girgis, bibliothécaire, Université
du Caire : « Communautés confessionnelles non musulmanes
à Alexandrie au XVIIIe siècle »
Dans cette contribution, nous avons abordé les communautés
confessionnelles, non pas en observant leur organisation et leurs instances
internes ou en analysant leurs rapports avec l’administration, mais
en évaluant les capacités de la ville à les accueillir
et à les absorber selon des critères ethniques, religieux,
professionnels ou autre. Au cours de la période ottomane, la ville
d’Alexandrie s’est en effet recréée dans sa
quasi-totalité à l’extérieur de l’ancien
site intra muros, ce qui supposait un déplacement et une réinstallation
de groupes entiers de population. Nous avons suivi ce phénomène
en privilégiant la communauté des Coptes.
Vera Costantini, maître de conférences,
Université de Venise : « Marchands et sujets vénitiens
à Alexandrie pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle
»
La présence vénitienne à Alexandrie
avait toujours été motivée par des raisons éminemment
commerciales. Par conséquent, la place occupée par la ville
dans le système économique vénitien et la perception
qu’en avaient les marchands qui y résidaient étaient
toujours étroitement liées au rôle joué par
Alexandrie dans le contexte marchand de la région.
Les sources documentaires produites par les consuls du XVIIIe siècle
nous transmettent une image d’Alexandrie différente de celle
laissée par des sources plus anciennes (XVIe siècle). En
particulier, au rôle surtout de débouchée maritime
du Caire de la province égyptienne qu’Alexandrie avait joué
au XVIe siècle, se substitua deux siècles plus tard une
image plus complexe. La ville se situait alors à l’intersection
de deux sous-ensembles du domaine ottoman : l’Egypte et le sud-est
méditerranéen. Durant cette période, les acteurs
vénitiens avaient aussi évolué. Les consuls n’étaient
plus des patriciens, ils appartenaient plutôt à une sorte
de bourgeoisie levantine qui avait fait des échelles ottomanes
sa résidence permanente. Le fait qu’Alexandrie appartenait
à une même région économique, s’étendant
jusqu’à Chypre et Alep, était souligné par
des alliances matrimoniales entre les familles consulaires vénitiennes
qui habitaient dans ces centres importants du commerce de l’époque.
A la fois consuls et marchands, ils devaient faire face à un contexte
social fluide mais diversifié, où la protection vénitienne
était invoquée, même lorsqu’il s’agissait
d’anciens sujets ayant fuit les îles de Zante et de Céphalonie.
Les caractéristiques de ce microcosme vénitien établi
à l’extérieur de Venise, plus exposé que la
patrie aux changements et aux tensions sociales du XVIIIe siècle,
éclairent les spécificités d’une ville que
l’on pourrait caractériser de multifonctionnelle : capitale
des caravanes maritimes, centre marchand et pôle d’attraction
démographique, port de liaison entre le centre politique et la
province d’Egypte.
Oueded Sennoune, doctorante, Université
de Lyon-II : « Alexandrie dans les récits des voyageurs durant
la seconde moitié du XVIIIe siècle »
La constitution d'un corpus des voyageurs qui ont visité
Alexandrie s'inscrit dans le cadre d'une thèse de doctorat dirigée
par J.-Y. Empereur. De ce corpus, j'ai extrait vingt deux récits
rédigés au cours de la seconde moitié du 18ème
siècle. Nous nous intéresserons tout d’abord à
l’identité de ces voyageurs et aux motivations de leur déplacement.
Huit voyageurs sont Anglais, huit Français, deux Italiens, un Suédois,
un Danois, un Polonais et un Grec. Parmi ces voyageurs, on compte 4 naturalistes
(Hasselquist, 1750 ; Donati, 1759 ; Sonnini de Manoncour, 1777 ; G.-A.
Olivier, 1794) ainsi qu’un numismate (Sestini, 1781) un orientaliste
(Savary, 1778) et un mathématicien (Niebuhr, 1761). Citons également
le consul James Bruce (1768/1773) qui rechercha les sources du Nil. L’exception
de cette liste est une dame anglaise, Eliza Fay (1779), la première
voyageuse à avoir laissé un récit sur Alexandrie.
La plupart de ces voyages sont des missions à caractères
divers, on en compte au moins dix : par exemple, le Baron de Tott fut
envoyé en 1777 dans le Levant pour inspecter les Échelles,
tandis que Niebuhr faisait partie d’une mission scientifique. Précisons
que nous avons seulement un pèlerin : l’abbé Binos
(1777). En 1783, Volney débuta un voyage à titre personnel
à travers l’Égypte et la Syrie ; son ouvrage fut considéré
comme un chef-d’œuvre du genre.
À travers ces différents voyageurs qui ont marqué
la littérature de voyage, nous avons tenté de percevoir
comment est présentée la ville d’Alexandrie selon
les motivations de chacun. Parallèlement, nous avons abordé
les thèmes évoqués dans ces récits et en avons
dégagé l’impression générale.
L’économie
Abd al-Hamîd Sulaymân, professeur,
Université de Dammam (Arabie Saoudite) : « Les organisations
commerciales à Alexandrie au XVIIIe siècle ».
Cette étude porte sur les établissements
commerciaux (souks et caravansérails) qui ont joué un rôle
déterminant dans la vie économique d’Alexandrie. Il
ne s’agit pas ici d’en établir le nombre ou d’identifier
les fondateurs. En nous appuyant sur les documents des registres du tribunal
d’Alexandrie et d’autres sources, nous avons tenté
de comprendre quelles étaient les interactions entre les institutions
qui géraient ces établissements et les structures administratives
qui étaient établies aussi bien à Alexandrie qu’au
Caire. Nous nous sommes intéressé tout particulièrement
aux négociants non Egyptiens, sujets de l’Empire ottoman
ou marchands européens, aux règles et coutumes qui régissaient
ces rapports et avons tenté de voir quels effets elles avaient
sur l’évolution du commerce durant la période en considération,
à savoir le XVIIIe siècle.
Husam Abd al-Mu’ti, assistant, Université
de Beni Suef, Le Caire et chercheur au Centre de recherche en histoire
moderne et contemporaine, Archives nationales d’Egypte : «
Investissements immobiliers de quelques grandes familles de négociants
d’Alexandrie »
L’Etat ottoman ne manifestait guère d’intérêt
au développement urbain. Ce rôle était dévolu
à certains groupes au sein de la société urbaine.
Familles et waqfs étaient au cœur de ce système.
A Alexandrie, les grandes familles ont fondé des waqfs d’envergure.
Ceux-ci ont contribué à façonner la ville en la pourvoyant
de constructions répondant à de multiples fonctions. Certains
correspondaient à des services sociaux (les kuttâb dans l’éducation,
les puits et les fontaines publiques dans la fourniture et la distribution
de l’eau), d’autres assuraient une fonction religieuse. D’autres
encore servaient de logement ou abritaient des activités commerciales
et artisanales. A travers l’étude de ces fondations, il nous
a été possible de suivre l’évolution urbaine
de la ville.
En même temps, les waqfs consolidaient les bases matérielles
des grandes familles, tout en renforçant leur place dans la société
et en assurant leur durée. L’étude de leurs waqfs
a donc permis de contribuer aussi bien à l’histoire de ces
familles qu’à celle du développement urbain de la
ville. Nous nous sommes interrogé aussi bien sur le rôle
de ces familles dans les activités économiques et commerciales
que sur la façon dont elles avaient accumulé les richesses,
sur le rythme de constitution de ces fondations comme sur les liens entre
celui-ci et les périodes de prospérité ou de crise.
Nous avons abordé l’étude de la famille traditionnelle
à Alexandrie à la fois comme cellule sociale et économique
dynamique, et comme formation sociale correspondant en ville à
ce qu’était la tribu chez les paysans et les bédouins.
Les familles étaient généralement regroupées
par quartiers ou par maisons mitoyennes. C’est le chef de famille
qui fondait les waqfs en y intégrant tous les membres de sa famille.
Il s’agissait donc de savoir si les familles avaient jouaié
un rôle déterminant dans le développement de quartiers
ou de zones spécifiques dans la ville, si elles avaient assuré
une fonction régulatrice à l’intérieur des
quartiers, en somme de mettre en évidence les rapports complexes
entre familles, waqfs et développement urbain.
Nâsir Ibrahim, maître de conférences,
Université du Caire : « Commerçants et artisans à
Alexandrie du temps de l’Expédition d’après
les listes d’impositions extraordinaires (farda) »
Les Français sont arrivés en 1798 et ont
occupé l’Egypte pendant un peu plus de trois ans. C’est
à Alexandrie qu’ils ont débarqué. C’est
aussi de là qu’ils ont évacué le pays en dernier
lieu. Commerçants et artisans ont payé un lourd tribut à
travers des confiscations et des taxations exceptionnelles. Elles ont
absorbé une bonne part de leurs richesses, alors même que
le blocus britannique interrompait l’essentiel des activités
commerciales de la ville. A peine les Français avaient-ils quitté
la ville que les Ottomans se mirent à leur tour à imposer
et taxer de manière. Leur situation resta extrêmement précaire
durant les années de lutte pour le pouvoir entre 1801 et 1805.
Puis une fois Mohammad Ali parvenu à s’imposer, il généralisa
le système des monopoles sur le commerce, ce qui revenait à
substituer l’autorité de l’Etat aux négociants.
Pendant trois décennies successives donc, la classe des commerçants
et des artisans ne cessa de s’affaiblir.
Cette étude a en particulier porté sur la période
de l’Expédition dans la mesure où elle a marqué
une rupture profonde pour les artisans et commerçants avec la période
antérieure amorçant leur déclin durant la période
suivante. Notre analyse s’est appuyée sur une série
de six listes d’imposition copiées dans les registres du
tribunal d’Alexandrie. Elles ont permis de connaître les différentes
familles de négociants et artisans, d’avoir une idée
sur leurs fortunes et d’apporter des éléments d’analyse
pour les difficultés auxquelles ils se sont trouvés confrontés
durant la période suivant celle de l’occupation française.
Mâdjid ‘Izzat, étudiant en master,
Université du Caire : « Les corporations de métiers
d’intermédiaires dans le commerce Alexandrie »
Notre étude, consacrée aux métiers
d’intermédiaires dans la ville d’Alexandrie durant
le dernier quart du XVIIIe siècle, porte sur les points suivants
: définition de ces métiers, appartenance ethnique et communautaire
de ceux qui les exercent, lieux d’habitation et d’exercice
de ces métiers, nature de leurs activités commerciales.
Nous avons en particulier tenté de savoir comment ces corporations
et groupes étaient liés à l’expansion du commerce,
quels étaient leurs liens avec les diverses activités commerciales
et leur poids relatif par rapport aux autres corporations.
Ridha As’ad, étudiant en master, Université
du Caire : « Le commerce du riz entre Alexandrie et Rosette au XVIIIe
siècle »
Cette contribution a visé à mettre en évidence
le rôle vital que jouait le riz comme produit marchand dans la société
alexandrine et comme lien renforçant les relations entre Alexandrie
et Rosette. Ce travail constitue aussi une première approche pour
l’étude des réseaux économiques qui liaient
entre elles les villes de l’Egypte à l’époque
ottomane. Par ailleurs, le riz contribuait fortement à structurer
l’économie de la ville d’Alexandrie.
Le rôle éminent que tenait le riz dans l’économie
et le commerce d’Alexandrie était surtout dû au fait
que Rosette et les régions voisines, productrices comme celles
de Fuwwa, Barnabuwwa ou d’autres, écoulaient leur production
sur le marché d’Alexandrie. La demande y était d’autant
plus grande que les navires ne pouvaient le charger directement à
Rosette, mais étaient contraints de le faire à Alexandrie.
L’administration ottomane, qui n’intervenait guère
dans les activités des négociants et n’imposait que
des taxes réduites, contribua grandement à la prospérité
du commerce entre Alexandrie et Rosette. Les négociants d’Alexandrie,
en investissant massivement dans la culture du riz à travers des
avances d’argent faites aux producteurs, assuraient le développement
d’une agriculture soumise aux lois du marché et tournée
vers le commerce. Celle-ci répondait à une demande croissante
venant à la fois du marché intérieur, de l’augmentation
des populations urbaines notamment, et des marchés extérieurs.
Les négociants de Rosette investissaient à leur tour dans
le commerce du riz à Alexandrie, ce qui contribuer à raffermir
encore davantage les liens entre les deux villes. La valeur et les volumes
des contrats confirment qu’une certaine forme de capitalisme s’était
développée. L’augmentation des profits entraîna
l’apparition d’une classe de gros négociants, l’accélération
des transformations sociales à l’intérieur de la ville
au profit des marchands de riz et de différents métiers
liés à cette activité et au détriment d’un
nombre croissant d’individus contraints au travail salarié.
Nâsir Uthman, doctorant, Université de Haute Egypte,
Assiout et chercheur au Centre de recherche en histoire moderne et contemporaine
: « Division du travail dans les métiers du textile à
Alexandrie au XVIIIe siècle »
Un grand nombre d’études et de travaux ont
été consacrés aux corporations de métiers
à l’époque ottomane avec l’espoir de restituer
la structure interne de la société durant cette époque
décisive de l’histoire de l’Égypte. La corporation
des tisserands est celle qui joua le plus grand rôle dans la formation
du tissu social et dans la structuration de l’économie de
la ville d’Alexandrie. Dans cette communication, nous l’avons
abordé, notamment sous l’angle de la division du travail,
particulièrement caractéristique du mode de production et
de la commercialisation dans cette ville qui comptait parmi les plus grandes
d’Égypte. Nous nous sommes efforcé de répondre
à un certain nombre de questions portant sur la manière
dont cette division de travail s’est mise en place, sur les rapports
entre artisans et marchands ou entre négociants égyptiens
et négociants européens, sur les avantages qu’Alexandrie,
par sa position, pouvait offrir aux artisans, et la manière dont
les corporations voisines de cette profession évoluèrent.
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