CORPUS DES VOYAGEURS Présentation |
Oueded
Sennoune dernière mise à jour : février 2006 |
Ce corpus, réalisé dans le cadre d’un doctorat dirigé par J.-Y. Empereur, réunit 309 récits de voyageurs qui ont visité Alexandrie du Moyen Âge au début du XXe siècle. Seuls les passages décrivant cette ville sont cités. Cette étude a débuté grâce aux travaux de O. V. Volkoff qui avait rédigé vers 1981 un manuscrit de 167 récits intitulé : Alexandrie vue par les voyageurs du passé. Après la disparition de O.V. Volkoff, la révision de ce volume m’a été confiée et j’ai cherché à le compléter par de nouveaux récits de voyage. J’ai pu apporter de nouveaux éléments grâce essentiellement à l’apport des archives de S. Sauneron, directeur de l’Ifao de 1969 à 1976. Ce dernier avait fondé la collection des « Voyageurs occidentaux en Égypte » publiée par l’IFAO sous sa direction. La collection devait rassembler à terme 250 voyageurs dans 70 volumes. Malheureusement, la mort accidentelle de S. Sauneron en 1976 a interrompu la publication de cette collection, qui ne compte finalement que 25 volumes. Toutefois, j’ai pu retrouver dans ses archives de nombreux récits qui avaient été traduits, mais qui étaient restés inédits. On dénombre donc au total 309 récits de voyageurs. Parmi
ces voyageurs, nous comptons aussi bien des Occidentaux que des «
Orientaux », c’est-à-dire des Arabes, des Perses et
des Turcs. Le nombre des récits écrits par les Occidentaux
est de loin le plus important : 277 contre seulement 32. On compte 117
Français, 53 Italiens, 41 Allemands, 30 Anglais, 6 Espagnols, 6
Juifs, 5 Russes, 3 Hollandais, 2 Suédois, 2 Belges, 2 Arméniens,
1 Irlandais, 1 Suisse, 1 Tchèque, 1 Autrichien, 1 Polonais, 1 Grec,
1 Danois, 1 Écossais, 1 Chinois et 1 Flamand. D’autre part,
nous avons 6 Andalous, 5 Perses, 4 d’origine inconnue, 4 Iraqiens,
3 Syriens, 3 Marocains, 3 Égyptiens, 2 Turcs et 1 Palestinien. Les voyageurs occidentaux Les pèlerinages Alexandrie représentait une étape importante pour le pèlerin. Cette ville n’était pas simplement un lieu de passage, plusieurs lieux saints étaient vénérés comme en témoignent les colonnes de sainte Catherine sur lesquelles aurait eu lieu son martyre et la prison dans laquelle elle fut enfermée. En 1394, le pèlerin Martoni, notaire dans une petite ville au nord de Naples, s’est attaché à visiter les lieux rappelant le souvenir de la sainte qui était la patronne de la chapelle fondée par sa famille dans l’église de sa cité. Sur son parcours, il recueille soigneusement tout ce qui se rapporte à la mémoire de la Vierge d’Alexandrie : « Dans cette ville se trouve la prison où sainte Catherine fut enfermée ; elle ressemble à une petite chambre ; il y a là deux grandes et grosses colonnes, à droite et à gauche de la rue, auxquelles sainte Catherine fut attachée et fustigée ; dans cette prison il y a un petit puits d’où l’ange de Dieu et de N. S. Jésus-Christ apportait sa nourriture à la vierge bienheureuse ; sur ce puits, on raconte un grand miracle ; maintes fois on a fermé ce puits et on l’a muré avec des briques ; mais on l’a toujours retrouvé ouvert. » On vénérait également d’autres saints comme Jean l’Aumônier et l’apôtre Marc qui y furent décapités. Arculfe, voyageur qui ouvre le corpus, est un évêque français qui effectua son pèlerinage en 670. Il nous apprend qu’« en entrant dans la ville, se trouve une grande église, à droite, dans laquelle saint Marc l’Évangéliste est enseveli. Le corps est enterré dans la partie est de l’église, devant l’autel, et au-dessus duquel se trouve un marbre équarri. ». Deux objets de culte étaient dédiés à saint Marc : la pierre sur laquelle eut lieu son martyre qui se trouvait dans la rue portant son nom (il s’agirait de la voie Canopique) et la chaire conservée dans l’église Saint-Saba. À propos de cette chaire, le voyageur Josse de Meggen (1542) cite une tribune sur laquelle le saint prêchait, mais en 1566, Helffrich décrit une chaire de marbre blanc. En visitant ces églises, les pèlerins venaient se recueillir sur ces lieux saints, mais ils cherchaient également à obtenir des indulgences plénières. Poggibonsi (1349) qui énumère les lieux saints de la ville, n’oublie pas de préciser la nature de ces indulgences : « Dans ladite rue se trouve l’église où saint Marc l’Évangéliste fut décapité. Cette belle et pieuse église est tenue par les Grecs. Ici, on obtient une indulgence de VII ans et de LXX jours. » Soulignons que les pèlerins ne s’intéressaient pas seulement aux lieux saints, comme le montre la relation de Félix Fabri (1483), de l’ordre des frères prêcheurs. À propos de ce personnage, Ch. Schefer déclare que « l’Evagatorium de Félix Faber nous offre le tableau le plus complet et le plus fidèle des pays qu’il parcourut. » En effet, l’auteur décrit avec beaucoup d’humour le commerce des noisettes venant d’Amalfi, après avoir visité les fondiques de la ville (khans ou hôtelleries pour les marchands) en portant son attention plus particulièrement sur celui des Tartares où se trouvait le marché aux esclaves. Fabri nous fait même découvrir un lupanar, lieu surprenant qu’il aborde avec beaucoup d’hésitation et de gêne : « Ayant poursuivi notre chemin, nous parvînmes en un lieu, partout infâme, que sans violer l’honnêteté je ne peux nommer ; mais l’injustice et la honte faites au nom du Christ, ainsi que la dérision envers la foi catholique et l’opprobre pour les fidèles, m’obligent à en parler clairement, bien qu’avec pitié et en faisant appel à la pieuse interprétation des lecteurs. » Les missions Au Moyen Age, ces missions avaient un but bien précis : reconquérir
la Terre Sainte. Il s’agit donc de projets de croisade dont on peut
citer deux exemples datés de 1422. Le premier est le récit
du chevalier Ghillebert de Lannoy. Les rois de France et d’Angleterre
ainsi que le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, lui demandèrent
secrètement de se rendre en Orient pour examiner les chances de
succès qu’offrirait une nouvelle croisade contre les Sarrasins.
Le chevalier donne un compte rendu détaillé des ports et
des murailles d’Alexandrie, en examinant les points forts et les
points faibles de la ville. Le second exemple est le traité de
Piloti, marchand vénitien né en Crète, qui insiste
sur le fait que la conquête de Jérusalem ne doit pas se faire
sans la prise de l’Égypte et surtout de son port à
Alexandrie qui « est le marché de rencontre de l’Orient
et de l’Occident ». À partir du XVIe siècle, un nouveau type de voyageur apparaît.
Les voyageurs sont envoyés en mission ou y sont encouragés
pour récolter des observations ou bien pour acheter des manuscrits
et des antiquités. Ces missions scientifiques émanent d’une
volonté politique qui vise à développer les connaissances
dans divers domaines comme la botanique, la médecine, mais également
à enrichir les collections artistiques et littéraires des
Cabinets royaux. Ces voyageurs sont aussi bien des naturalistes, des missionnaires
jésuites que des antiquaires. Toutes ces missions scientifiques vont trouver leur aboutissement et leur épanouissement lors de l’Expédition de Bonaparte menée entre 1798 et 1801. Napoléon avait réuni 165 savants pour composer la « Commission des Sciences et des Arts ». Il y avait, entre autres, des astronomes, des géomètres, des architectes, des ingénieurs géographes, des zoologistes, des botanistes, des chirurgiens et médecins, des artistes et compositeurs, des littérateurs, des imprimeurs, des Orientalistes… Leurs travaux ont permis l’élaboration de la Description de l’Égypte, œuvre monumentale commencée en 1803 et achevée en 1828. Dans cet ouvrage, on peut lire la longue description d’Alexandrie de Gratien le Père qui dressa également une carte de la ville. Le voyage de délassement Les voyageurs orientaux * * Ce travail de recensement et d’analyse est en cours d’élaboration, le corpus trouvera sa forme définitive au cours de la thèse. Progressivement, de nouveaux récits viendront compléter cette recherche. Bien que le corpus présent recense les relations de voyage jusqu’au début du XXe siècle, mes recherches s’arrêteront en 1798 en raison de l’importance quantitative de ces sources. Cette date sera donc la limite chronologique de cette étude. Notons que les textes se rapportant à l’Expédition de Bonaparte ainsi que les relations écrites aux XIXe et XXe siècles sont incomplets et qu’il ne s’agit que d’extraits dus aux recherches de O. V. Volkoff. Comme on l’aura compris, ce corpus est cumulatif et il vise à devenir un jour exhaustif. Je lance ici un appel aux lecteurs de ces lignes, afin qu’ils signalent les voyageurs alexandrins qu’ils connaîtraient en dehors de ceux qui sont cités ici. Leurs apports seront précieux, dans cette étude d’intérêt collectif : la mise en ligne sur le site du CEAlex de ce corpus signifie notre désir que chacun puisse profiter de ces voyageurs et les intégrer librement à de nouvelles études que leurs témoignages pourraient éclairer. Afin de mieux guider le lecteur qui s’intéressera à
ce corpus, je précise que chaque voyageur est cité de façon
individuelle, avec tout d’abord son nom suivi de la date de son
voyage signalée entre parenthèses, la référence
bibliographique du récit, une brève notice biographique,
une remarque qui indique si le texte est incomplet et enfin le récit. |