CORPUS DES VOYAGEURS

GUILLAUME DE TYR

 
après 1184

KAMAL, YOUSSOUF, Monumenta cartographica Africae et Aegypti, s. é., t. III, fasc. III, 1934.

Titre : Histoire des faits et gestes dans les régions d’Outre-mer depuis le temps des successeurs de Mahomet jusqu’à l’an 1184 de Jésus-Christ.

Il naquit à Jérusalem vers 1130 et c’est sans doute là qu’il mourut en 1186. Il passa de longues années d’études en Occident où il apprit les arts libéraux, le droit civil et le droit canon. Il suivit les principaux maîtres du temps en France et en Italie pendant presque vingt ans, de 1146 à 1165. À son retour il est fait chanoine d’Acre et devint archidiacre de Tyr en 1167. Le roi de Jérusalem lui demanda d’écrire l’histoire de cette région. En 1175, il fut élu archevêque de Tyr (1).

Récits des ambassadeurs Hugue de Césarée et le Templier Geoffroi Foulcher racontées par Guillaume de Tyr.

Remarque : texte incomplet.

feuillet 899 recto et verso :

« Syracon cependant ayant rallié tous ceux des siens qui avaient survécu, les réforma en un seul corps, traversa le désert à l’insu des nôtres, et se rendit à Alexandrie : les habitants de cette ville la remirent aussitôt entre ces mains. Dès que le roi eut reçu la première nouvelle de cet événement, il convoqua auprès de lui les princes, le soudan et ses fils, et les nobles d’Égypte, et leur demanda avec sollicitude ce qu’il y avait à faire ; On discuta longuement, ainsi qu’il arrive d’ordinaire dans l’incertitude d’une décision à prendre ; et comme la ville d’Alexandrie n’a par elle-même aucune ressource en vivres et en grains, et ne se nourrit que de ce qu’on lui apporte par eau des contrées supérieures de l’Égypte, on résolut d’établir une flotte sur le fleuve, afin d’intercepter entièrement tous les transports qui pourraient être dirigés sur cette ville. Après avoir fait ces dispositions, le Roi se rendit lui-même dans les environs, avec toute son armée, et dressa son camp entre les lieux appelés Toroge et Demenehut : ce point est situé à huit milles d’Alexandrie ; De là le roi envoyait des éclaireurs pour fouiller et faire évacuer tous les lieux voisins et même des points plus éloignés dans le désert, afin que personne ne tentât de porter secours aux assiégés, ou pour empêcher aussi ceux qui voudraient sortir de la ville au dehors solliciter l’assistance des étrangers.
Livre XIX ; t. III, p. 215-216.

« Alexandrie la dernière de toutes les villes d’Égypte, dans cette partie du pays qui fait face à la Libye et se prolonge vers l’occident, est placée elle-même sur les confins du sol cultivé et du désert brûlant, si bien qu’en dehors des murs de la ville, du côté du couchant, on ne voit qu’une vaste étendue de terres qui n’ont jamais ressenti les bienfaits d’aucune culture. Elle fut fondée, selon les anciennes histoires par Alexandre le Macédonien, fils de Philippe, et reçut de lui le nom qu’elle a porté depuis. Solin dit que son origine remonte à la cent douzième olympiade, et au consulat de Lucius Papyrus, fils de Lucius, et de Caius Petilius, fils de Caius. L’architecte Dinocrate dressa le plan de cette ville, et occupe, dans ses souvenirs, le second rang après son fondateur. Elle est située non loin de l’une des embouchures du Nil, appelée par quelques-uns Héracléotique, et par d’autres Canopique. Aujourd’hui cependant, le lieu qui a donné son nom à cette embouchure du Nil, voisine de la ville, a perdu lui-même son antique dénomination, et est appelé Ressith.
Alexandrie est à cinq ou six milles de distance du lit du fleuve ; au temps ordinaire des crues, elles reçoit une partie de ses eaux par quelques canaux qui les versent dans de vastes citernes, creusées tout exprès, où on les conserve avec soin durant toute l’année pour l’usage des habitants. Une partie de ces eaux est dirigée, autant qu’on peut en avoir besoin, vers les vergers qui se trouvent en dehors de la ville, et elles y arrivent par des conduits souterrains. La position d’Alexandrie est des plus avantageuses pour le commerce. Elle a deux ports séparés par une langue de terre excessivement étroite. En avant de cette chaussée naturelle, est une tour d’une grande élévation, appelée Phare : Jules-César la fit construire, dit-on, pour le service de la navigation, lorsqu’il y conduisit une colonie. On y apporte de la haute Égypte par le Nil une grande quantité de denrées, et presque toutes les choses nécessaires à la vie.
Les productions inconnues à l’Égypte arrivent par mer à Alexandrie de toutes les contrées du monde, et y sont toujours en abondance ; aussi dit-on qu’on y trouve toutes sortes d’objets utiles, plus qu’en tout autre port de mer. Les deux Indes, le pays de Saba, l’Arabie, les deux Éthiopies, la Perse et toutes les provinces environnantes, envoient dans la haute Égypte, par la mer Rouge, jusqu’à la ville nommée Aideb, située sur le rivage de cette mer, par où tous ces peuples divers arrivent également vers nous, les aromates, les perles, les trésors de l’Orient, et toutes les marchandises étrangères dont notre monde est privé : arrivées en ce lieu, on les transporte sur le Nil, et elles descendent de là à Alexandrie. Aussi les peuples de l’Orient et ceux de l’Occident se rencontrent-ils continuellement dans cette ville, qui est comme le grand marché des deux mondes.
Elle a eu dans les temps anciens, comme dans les temps modernes, des titres nombreux à l’illustration. Le bienheureux Marc, fils spirituel du prince des apôtres, envoyé par le ciel même auprès de cette ville, l’honora de ses prédications ; les saints Pères Athanase et Cyrille y firent leur résidence, et y furent déposés dans leurs glorieux tombeaux ; le patriarche d’Alexandrie avait le second rang dans la chrétienté et cette ville était la vénérable métropole de l’Égypte, de la Libye, de la Pentapolite, et de plusieurs autres provinces. Toutes la flotte des armées alliées fut conduite devant ses murs ; on ferma l’accès des portes et toutes les autres avenues, et il ne fut plus permis de s’approcher de la place.
Livre XIX ; t. III, p. 217-219.

Il y avait autour de la ville (Alexandrie) des vergers qui présentaient l’aspect le plus agréable, et ressemblaient à de belles forêts bien boisées : ils étaient garnis d’arbres à fruits en plein rapport, et de plantes utiles ; leur vue seule engageait les passants à les visiter de plus près, et lorsqu’ils y étaient entrés, tout les invitait au repos : une grande partie de notre armée y alla aussi, d’abord pour y chercher le bois nécessaire à la construction des machines, et y demeura ensuite dans la seule intention de nuire et de faire un dommage considérable aux habitants ; bientôt les arbres aromatiques et propres à toutes sortes d’usages furent coupés et renversés avec tout autant d’empressement qu’on avait pu, dans le principe, leur prodiguer de soins et de travaux pour les faire prospérer. Le sol se trouve subitement rasé, il ne resta plus aucun indice du coup d’œil qu’il présentait auparavant, et dans la suite lorsque la paix fut rétablie, cette destruction et le dommage que les habitants en éprouvèrent furent pour eux la perte la plus sensible et l’événement dont ils se plaignirent le plus.
Livre XIX ; t. III, p. 220-221.

Tandis que ces événements se passaient dans les environs d’Alexandrie, Syracon parcourait toute la haute Égypte. Arrivé à Chus, il voulut essayer de faire le siège de cette ville ; mais voyant qu’il lui faudrait trop de temps pour s’en rendre maître, et jugeant en outre que des intérêts plus pressants le rappelaient auprès de son neveu, il leva des sommes d’argent dans plusieurs villes, et se disposa à redescendre promptement dans la basse Égypte avec l’armée qu’il traînait à sa suite. Il apprit en arrivant à Babylone, que le roi avait remis la garde de la ville du Caire et du pont de bateaux à Hugues d’Ibelin.
Livre XIX ; t. III, p. 223.

Cette belle ville est dominée par une tour d’une grande hauteur, qu’on appelle le Phare, et sur laquelle on allume des torches qui jettent une grande clarté et brillent comme un astre dans le ciel, afin de diriger au milieu de la nuit la marche des navigateurs qui ne connaissent pas les localités. On ne peut en effet aborder à Alexandrie que par une mer aveugle, pour ainsi dire, et semée de bas-fonds trompeurs et périlleux. Instruits par les feux qui brûlent constamment au sommet du Phare et sont entretenus aux frais du trésor public, les navigateurs échappent ainsi aux naufrages qui les menacent et dirigent heureusement leur marche vers le port.
Livre XIX ; t. III, p. 227. »

 

(1) ZERNER, M., « Guillaume de Tyr. Troisième tiers de XIIe siècle », in REGNIER-BOHLER, D., Croisades et pèlerinages. Récits, chroniques et voyages en Terre Sainte, XII-XVIe siècle, Paris, 1997, p. 499

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