ABU’L HASSAN `ALI B. ABI BAKR AL-HARAWI
AL-HARAWY, Al-isarat ila ma’rifat al-ziyarat (Guide des lieux
de pèlerinage), par J. Sourdel-Thomine, Damas, 1957.
Syrien du XIIe siècle. Ascète-pèlerin qui, après
une vie de voyages, finit ses jours à Alep où il meurt
en 1215.
p. 110- 117 :
La marche frontière d’Alexandrie
« Là, le cimetière que l’on appelle Gabbana
Wa`la (?) avec la tombe d’al-Miqdad b. al- Aswad al- Kindi,
tombe que nous avons également visitée à Raqqa
et dont il sera question plus loin, tandis qu’en réalité
elle se trouve à Médine.
À Alexandrie encore, la tombe du prophète Irmya’
dans le souterrain (ad-dimas), l’oratoire [du bureau]
des successions (masgid al-Mawarit) que l’on visite en
pèlerinage, l’oratoire de Sariya, et l’ancienne
Grande-mosquée que l’on dit avoir été
fondée par les Compagnons.
Il s’y trouve plus d’oratoire et de sanctuaires que je n’en
ai vu nulle part ailleurs. Ibn Munqid m’ayant dit qu’il
y en avait douze mille, j’interrogeai à ce sujet le cadi-secrétaire
qui m’affirma qu’al-Malik al-`Aziz `Utman, après
enquête, en avait trouvé vingt mille. Moi-même ne
les ai pas comptés et Dieu seul sait ce qu’il y a de vrai
dans cette affirmation.
Son système de canalisations est si merveilleux que, lors de
la crue du Nil, la ville semble flotter comme un flacon de cristal qui
aurait été posé sur l’eau et qu’il
n’y ait pas d’autre part de maison où ne pénètre,
grâce à la crue, l’eau dont elle a besoin. On marche
à l’étage [des citernes], qui se trouvent au-dessous
de la ville, aussi bien que dans les rues ; ces étages [souterrains]
sont au nombre de trois et construits à la semblance d’un
échiquier.
À Alexandrie également, le PHARE dont on dit qu’il
se trouvait à l’intérieur de la ville : celle-ci
avait en effet sept grandes rues (mahaggat), qui furent mangées
par la mer au point qu’il n’en resta plus qu’une seule,
et elle s’étendait d’un endroit appelé Abu
Sir jusqu’à Abu Qir ; on dit aussi que la tombe d’Alexandre
est dans le Phare avec celle d’Aristote et Dieu seul
sait ce qu’il y a de vrai dans cette affirmation.
L’auteur de cet ouvrage, `Ali b. abi Bakr al-Harawy, dit : Certes
on a compté le Phare d’Alexandrie au nombre des merveilles
lorsque s’y trouvait le miroir où, dit-on, se voyaient
les barques mettant à la voile depuis une distance de plusieurs
jours de route, si bien que l’on se préparait à
aller à leur rencontre. On raconte aussi de ce miroir qu’il
incendiait les navires et vraisemblablement de la manière suivante
: le miroir embrasait à distance lorsque les rayons du soleil
y tombaient à l’aplomb et que la mer aidait à leur
effet, car les rayons du soleil reflétés par l’éclat
du miroir, avec l’action jointe de la réverbération
de la mer et de son étincellement, peuvent sans aucun doute mettre
le feu. Les dimensions du miroir auraient été de soixante
coudées, la hauteur du Phare, de trois cents, et Dieu seul sait
la vérité.
En revanche le Phare ne fait plus aujourd’hui partie des merveilles,
car ce n’est qu’une espèce de tour dressée
au bord de l’eau à la manière d’une vigie.
Mais c’est bien dans la ville de Constantinople que se trouvent
les colonnes (al-mana’ir) vraiment extraordinaires. Il
en est une, consolidée avec du plomb et du fer et située
dans l’Hippodrome (al-Budrum), c’est-à-dire
le champ de courses (al-maydan), qui s’incline sur son
socle dans toutes les directions lorsque le vent souffle et qui broie
les morceaux de poterie et les coquilles de noix que les gens introduisent
?à sa base? ; au même endroit s’en trouve une autre,
faite de cuivre et coulée d’une seule pièce, dans
laquelle on ne peut rien faire entrer.
[Digression sur Constantinople]
Revenons aux lieux de pèlerinage et aux antiquités d’Alexandrie
Dans la grande rue (al-mahagga) d’Alexandrie, en un
lieu appelé al-Qamra (?), se trouve une colonne avec
une représentation d’oiseau, qui tourne en même temps
que le soleil. À Alexandrie également, la « colonne
des colonnades », polie à la manière des pierres
précieuses, et des colonnes qui l’entourent ; on dit que
c’est là le portique que les Grecs avaient bâti et
auquel ils faisaient allusion en citant dans leurs écrits les
opinions des « Hommes du Portique » (Ashrab ar-Riwaq).
Je mesurai moi-même cette colonne : le chiffre exact m’échappe
maintenant, mais je crois qu’il s’agissait de soixante coudées
et Dieu seul sait la vérité ; il me semble aussi que sa
circonférence était de trente coudées et qu’il
y avait au-dessous un socle cubique d’un seul morceau de granit.
À Alexandrie également, la Porte Verte (al-Bab
al-Akhdar) que l’on visite, la mosquée de la Repentance
et de la Merci (masgid at-Tawba wa-r-Rahma), avec un important
ribat, et la demeure d’Alexandre.
En dehors de la ville, l’église souterraine (kanisat
Asfal al-ard), d’une construction merveilleuse, et l’oratoire
du Sculpteur (masgid an-Nahhat) à côté
duquel se situent les tombes de martyrs dont on ignore les
noms.
À Alexandrie encore on connaît le poisson-torpille (ar-ra`ad)
: quiconque le prend sent sa main agitée de telles convulsions
qu’il est obligé de le lâcher. »