CORPUS DES VOYAGEURS

AL-HARAWY

 
1174

ABU’L HASSAN `ALI B. ABI BAKR AL-HARAWI

AL-HARAWY, Al-isarat ila ma’rifat al-ziyarat (Guide des lieux de pèlerinage), par J. Sourdel-Thomine, Damas, 1957.

Syrien du XIIe siècle. Ascète-pèlerin qui, après une vie de voyages, finit ses jours à Alep où il meurt en 1215.

p. 110- 117 :

La marche frontière d’Alexandrie

« Là, le cimetière que l’on appelle Gabbana Wa`la (?) avec la tombe d’al-Miqdad b. al- Aswad al- Kindi, tombe que nous avons également visitée à Raqqa et dont il sera question plus loin, tandis qu’en réalité elle se trouve à Médine.
À Alexandrie encore, la tombe du prophète Irmya’ dans le souterrain (ad-dimas), l’oratoire [du bureau] des successions (masgid al-Mawarit) que l’on visite en pèlerinage, l’oratoire de Sariya, et l’ancienne Grande-mosquée que l’on dit avoir été fondée par les Compagnons.
Il s’y trouve plus d’oratoire et de sanctuaires que je n’en ai vu nulle part ailleurs. Ibn Munqid m’ayant dit qu’il y en avait douze mille, j’interrogeai à ce sujet le cadi-secrétaire qui m’affirma qu’al-Malik al-`Aziz `Utman, après enquête, en avait trouvé vingt mille. Moi-même ne les ai pas comptés et Dieu seul sait ce qu’il y a de vrai dans cette affirmation.
Son système de canalisations est si merveilleux que, lors de la crue du Nil, la ville semble flotter comme un flacon de cristal qui aurait été posé sur l’eau et qu’il n’y ait pas d’autre part de maison où ne pénètre, grâce à la crue, l’eau dont elle a besoin. On marche à l’étage [des citernes], qui se trouvent au-dessous de la ville, aussi bien que dans les rues ; ces étages [souterrains] sont au nombre de trois et construits à la semblance d’un échiquier.
À Alexandrie également, le PHARE dont on dit qu’il se trouvait à l’intérieur de la ville : celle-ci avait en effet sept grandes rues (mahaggat), qui furent mangées par la mer au point qu’il n’en resta plus qu’une seule, et elle s’étendait d’un endroit appelé Abu Sir jusqu’à Abu Qir ; on dit aussi que la tombe d’Alexandre est dans le Phare avec celle d’Aristote et Dieu seul sait ce qu’il y a de vrai dans cette affirmation.
L’auteur de cet ouvrage, `Ali b. abi Bakr al-Harawy, dit : Certes on a compté le Phare d’Alexandrie au nombre des merveilles lorsque s’y trouvait le miroir où, dit-on, se voyaient les barques mettant à la voile depuis une distance de plusieurs jours de route, si bien que l’on se préparait à aller à leur rencontre. On raconte aussi de ce miroir qu’il incendiait les navires et vraisemblablement de la manière suivante : le miroir embrasait à distance lorsque les rayons du soleil y tombaient à l’aplomb et que la mer aidait à leur effet, car les rayons du soleil reflétés par l’éclat du miroir, avec l’action jointe de la réverbération de la mer et de son étincellement, peuvent sans aucun doute mettre le feu. Les dimensions du miroir auraient été de soixante coudées, la hauteur du Phare, de trois cents, et Dieu seul sait la vérité.
En revanche le Phare ne fait plus aujourd’hui partie des merveilles, car ce n’est qu’une espèce de tour dressée au bord de l’eau à la manière d’une vigie. Mais c’est bien dans la ville de Constantinople que se trouvent les colonnes (al-mana’ir) vraiment extraordinaires. Il en est une, consolidée avec du plomb et du fer et située dans l’Hippodrome (al-Budrum), c’est-à-dire le champ de courses (al-maydan), qui s’incline sur son socle dans toutes les directions lorsque le vent souffle et qui broie les morceaux de poterie et les coquilles de noix que les gens introduisent ?à sa base? ; au même endroit s’en trouve une autre, faite de cuivre et coulée d’une seule pièce, dans laquelle on ne peut rien faire entrer.

[Digression sur Constantinople]

Revenons aux lieux de pèlerinage et aux antiquités d’Alexandrie

Dans la grande rue (al-mahagga) d’Alexandrie, en un lieu appelé al-Qamra (?), se trouve une colonne avec une représentation d’oiseau, qui tourne en même temps que le soleil. À Alexandrie également, la « colonne des colonnades », polie à la manière des pierres précieuses, et des colonnes qui l’entourent ; on dit que c’est là le portique que les Grecs avaient bâti et auquel ils faisaient allusion en citant dans leurs écrits les opinions des « Hommes du Portique » (Ashrab ar-Riwaq). Je mesurai moi-même cette colonne : le chiffre exact m’échappe maintenant, mais je crois qu’il s’agissait de soixante coudées et Dieu seul sait la vérité ; il me semble aussi que sa circonférence était de trente coudées et qu’il y avait au-dessous un socle cubique d’un seul morceau de granit.
À Alexandrie également, la Porte Verte (al-Bab al-Akhdar) que l’on visite, la mosquée de la Repentance et de la Merci (masgid at-Tawba wa-r-Rahma), avec un important ribat, et la demeure d’Alexandre.
En dehors de la ville, l’église souterraine (kanisat Asfal al-ard), d’une construction merveilleuse, et l’oratoire du Sculpteur (masgid an-Nahhat) à côté duquel se situent les tombes de martyrs dont on ignore les noms.
À Alexandrie encore on connaît le poisson-torpille (ar-ra`ad) : quiconque le prend sent sa main agitée de telles convulsions qu’il est obligé de le lâcher. »

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