CORPUS DES VOYAGEURS

AL-MUKADDASI

 
avant 985

SHAMS AL-DIN ABU `ABD ALLAH MUHAMMAD B. AHMAD…

MIQUEL, A., « L’Égypte vue par un géographe arabe du IV/Xe siècle : Al-Muqqaddassi », in Annales islamologiques, 11, 1972, p. 109-139.

Sa vie est fort mal connue, nous savons qu’il est Palestinien. Ce manuscrit fut composé vers 985 (1).
Il existe deux versions de ce manuscrit, un à Berlin et un à Constantinople désignés par la lettre B et C.

p. 115 :
« Al-Iskandariyya (Alexandrie) est un chef-lieu magnifique, dominé par une redoutable forteresse, sur le bord de la mer du Rum : pays noble, riche en hommes vertueux et pieux. On y boit l'eau du Nil : aux jours de sa crue, un canal la porte jusque chez l'habitant, où elle vient emplir les réservoirs. Alexandrie qui est syrienne (samiyya) par son climat et ses coutumes, bénéficie de pluies abondantes et rassemble les produits les plus contrastés ; elle a un canton important, des fruits et des raisins excellents ; elle est agréable et propre, bâtie en pierre marine (2); c'est une mine de marbre. Elle a deux grandes mosquées (3). Aux citernes, on voit des portes, que l'on ferme la nuit pour empêcher les voleurs de monter par là. Les autres cités (4) sont prospères et agréables : leurs territoires produisent la caroube, l'olive, l'amande, les exploitations suivant [les règles de] la culture sèche. C'est à Alexandrie que le Nil se déverse dans la mer du Rum. Cité de Du l-Qarnayn, elle a un extraordinaire chef-lieu. »

p. 131 :

« …le Nil arrive aussi jusqu'à Alexandrie (5) et y entre par un conduit de fer ; les gens, alors, emplissent leurs réservoirs ; après quoi, l'eau se retire. »

p. 132 :

« A Alexandrie, il est un poisson rayé, du nom de sarb (saupe ?), dont la chair consommée produit des hallucinations (6), sauf chez qui est habitué à boire du vin, auquel cas elle ne produit aucun mal. »

p. 135 :

« Le phare d'Alexandrie a ses fondations enfoncées dans une presqu'île ; on y accède par un chemin étroit, fait de grosses pierres, parfaitement aménagées. L'eau vient battre le phare du côté ouest, tout comme elle fait à la forteresse de la ville, à cette différence près que le phare est sur une [presqu']île. Le phare se compose de trois cents pièces, dont certaines peuvent être atteintes à cheval, et toutes avec [l'aide d']un guide. Le phare domine toutes les cités de la mer ; il avait, dit-on, un miroir où se voyait tout vaisseau faisant voile à partir de n'importe quel rivage. Un préposé y demeurait en permanence, de nuit et de jour aux aguets ; quand un navire lui apparaissait, il informait le gouverneur et lâchait les pigeons (7) sur la côte pour que les gens se tinssent prêts. Ces chiens de Byzantins dépêchèrent un des leurs qui, à force de ruses et de simagrées, réussit à se faire nommer préposé : il put alors entreprendre de [détruire] le phare et même, disent certains, le détruisit et le précipita dans la mer. Dans le Livre des Talismans, il est dit que le phare fut bâti pour [servir de] talisman et éviter à la terre d'Egypte d'être submergée par l'eau de la mer ; et c'est pourquoi ces chiens de Byzantins intriguèrent afin de détruire le sommet, mais sans succès. »

p. 138 :

« J'ai vu, sur le rivage de Tinnis, un employé d'octroi en faction, et l'on m'a assuré que ce poste rapportait mille dinars par jour. Il y en a de semblables, fort nombreux, sur les rives du haut Nil et sur les côtes d'Alexandrie, et d'autres encore, à Alexandrie, pour les bateaux [venant de] l'ouest, ou à al-Farama, pour ceux du Sam. »

p. 139 :

« …par eau, d'al-Farama à Tinnis : une étape ; puis une pour Dimyat, une pour al-Mahallat al-kabira, et deux pour Alexandrie. »
«D'Alexandrie à ar-Rafi'a : une étape. »
«D'Alexandrie à al-Gadira : une étape. »

 

(1) MIQUEL, A., « Al-Mukaddasi », in Encyclopédie de l’Islam, t. VII, Leiden/New-York/Paris, 1993, p. 492-493.
(2) Higara bahriyya : il s'agit d'une pierre calcaire. Autre interprétation : pierre du Delta. Note de A. Miquel.
(3) Add. C : "Quand vient la décrue, on ferme le canal en se fondant sur la fermeture du Halig". Note de A. Miquel.
(4) En réalité, l'auteur n'a pas parlé jusqu'ici de cités, mais du seul chef-lieu, Alexandrie. Note de A. Miquel.
(5) Littéralement : "au chef lieu [de la région] d'Alexandrie. Note de A. Miquel.
(6) Manamat wahsa : des rêves sauvages. Note de A. Miquel.
(7) Littéralement : les oiseaux. Note de A. Miquel.

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