CORPUS DES VOYAGEURS - sélection de textes IBN RUSTEH |
avant 913 |
ABU `ALI AHMAD B. `UMAR
B. RUSTA
IBN RUSTEH, Les Atours précieux, par G. Wiet, Bibliotheca geographorum arabicorum, Le Caire, 1955. Nous savons seulement qu’il naquit à Ispahan et fit un voyage dans le Hidjaz (1). p. 132-133 : Le narrateur ajoute que ses compagnons et lui se rendirent à
Alexandrie par la voie du fleuve, montée sur les bateaux qui
sont utilisés sur le Nil. Ils descendirent le fleuve pendant
quelques jours et arrivèrent à Alexandrie. C’est
une ville agréable, très prospère : ce sont ici
les marches extrêmes de l’Islam sur la Méditerranée.
Il vit là un endroit qu’on appelle les Colonnes de Salomon,
où se trouvait son palais résidentiel. Les corps de bâtiments
et les murs se sont effondrés et il ne subsiste plus que des
colonnes, qui ne supportent aucune toiture. On trouve encore la porte
d’entrée, dont les deux battants, les jambages et le seuil
sont des blocs monolithes taillés dans le roc. Cette porte est
pure et lisse comme un miroir car on y voit s’y refléter
les nuages du ciel et la teinte verte de la mer : elle est toute marbrée
de points versicolores. Il examina une de ces colonnes : sa circonférence
était si large que deux hommes ne pourraient l’étreindre.
Elle penche d’un côté, sans qu’on la touche.
Il resta un long moment à la considérer, puis prenant
un morceau de bois, il s’assit au pied : lorsque la colonne se
pencha il introduisit le bois en dessous, mais ne put le retirer. Il
prêta attention aux autres colonnes, mais aucune autre ne remuait.
Il remarqua là une coupole, appelée la Coupole Verte,
qu’on lui dit avoir été la Coupole du Pharaon :
elle était soutenue par 16 colonnes monolithes, taillées
dans le roc, recouvertes de bas-reliefs, statues et motifs divers, en
partie effacés. Cet endroit se nomme la Porte de Pharaon. Route de Fustat à Alexandrie On descend en bateau et, après un parcours de 30 parasanges, on parvient aux remparts d’Alexandrie : on voit défiler, à droite et à gauche, des palmeraies, des jardins et des villages. Par une jetée en pierres de taille, qui s’avance sur la mer sur une longueur d’une centaine de pas, on arrive au Phare d’Alexandrie. Ce Phare célèbre est posé sur quatre crabes en verre. Sa hauteur est de 300 degrés et, à chaque degré, une lucarne est ouverte sur la mer. Selon d’autres sources, cette hauteur est de 300 coudées royales, ce qui équivaut à 450 coudées manuelles. En entrant à Alexandrie par la porte de l’Est, on rencontre une coupole verte, qui repose sur 16 colonnes de marbre. Elle marque le centre de la cité et a été construite par Alexandre : la mer est à droite de cette coupole, à gauche de laquelle s’étend des plantations de sycomores et des vignobles. En face se trouve un marché : en y pénétrant vers la droite, on chemine pendant environ une parasange dans un local en marbre, pavé et lambrissé de marbre, si bien qu’il est infiniment rare qu’on y salisse ses vêtements. »
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(1) MAQBUL AHMAD, S., « Ibn Rusta », in Encyclopédie de l’Islam, t. III, Leiden/New-York/Paris, 1971, p. 944-945. |
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