CORPUS DES VOYAGEURS - Sélection de textes

ARCULFE

 
vers 670
WRIGHT, T., Early travels in Palestine, comprising the narratives of Arculf, Willibald, Bernard, Saewulf, Sigurd, Benjamin of Tudela, Sir John Maundeville, De la Brocquière, and Maundell, Gregg Press Limited, 1968, p. 1-13.

Évêque français du VIIe siècle, voyagea vers 670 en Terre Sainte et fut jeté par une tempête sur les côtes de la Grande-Bretagne. L’abbé Adamnan, qui le recueillit, écrivit d’après ses conversations la relation de ses voyages : Libri di situ Terrae .

p. 10-11 :

« Il alla ensuite de Jérusalem à Jaffa et de là fit voile, en quarante jours, à Alexandrie d’Égypte, une célèbre ville à travers le monde entier. Elle est étendue en longueur d’est en ouest. Arculfe commença à entrer dans la ville à neuf heures du matin, au mois d’octobre, et traversa toute la longueur de la ville, pour atteindre à peine l’autre côté avant qu’il ne fasse sombre. Au sud, elle est limitée par les bouches du Nil et au nord par le lac Maréotis. Son port est difficile d’accès et ressemble au corps humain ; une tête assez grande et une entrée très étroite, par laquelle elle laisse pénétrer le flux de la mer ainsi que des bateaux qui se précipitent pour se mettre à l’abri ou pour faire des réparations. Mais quand vous avez passé le cou étroit et la bouche du port, la mer, comme un corps humain, s’étend au loin et s’élargit. Du côté droit, il y a un port sur lequel se trouve le Phare, une grande tour qui est éclairée chaque nuit avec des torches de peur que les marins puissent se tromper de chemin dans l’obscurité et soient jetés contre les rochers dans leur tentative de trouver l’entrée, surtout si les vagues qui heurtent d’un côté et de l’autre empêchent et dérangent. Cependant, le port est toujours calme et est grand de trente stades. Les précautions mentionnées sont nécessaires pour un port qui est en quelque sorte l’emporium du monde entier. D’innombrables gens de toutes parts y vont pour le commerce ; la région environnante est extrêmement fertile. Bien que le pays soit dépourvu de pluie, le Nil sert à la fois à cultiver les terres et à transporter les produits d’un endroit à un autre. Ici, vous voyez des gens qui sèment, qui naviguent ; c’est là leurs principales occupations. Le Nil est navigable jusqu’à l’endroit qu’ils appellent la ville d’Éléphantine ; au-delà, les cataractes empêchent un bateau de poursuivre non pas par manque d’eau, mais parce que les eaux du fleuve se précipitent en chutes violentes dans une descente raide. En direction de l’Égypte, en entrant dans la ville, se trouve une grande église, à droite, dans laquelle saint Marc l’Évangéliste est enseveli. Le corps est enterré dans la partie est de l’église, devant l’autel, et au-dessus duquel se trouve un marbre équarri. Le long du Nil, les Égyptiens ont l’habitude de construire de nombreuses digues pour prévenir l’irruption de l’eau. Si les digues sont cassées par la négligence de leurs gardiens, elles pourraient plus inonder et détruire les terres qu’irriguer. Les Égyptiens qui habitent les plaines, comme l’observa Arculfe qui fréquemment allait de long en large le long du Nil, construisent leurs maisons sur les canaux en posant des planches en travers. Plus loin, Arculfe relate que le fleuve du Nil est fréquenté par des crocodiles, des bêtes aquatiques, pas aussi grandes qu’elles ne sont voraces ; elles sont si fortes que si l’une d’entre elles voit par hasard un cheval ou un âne, ou même un bœuf se nourrissant au bord du fleuve, elle surgit soudainement pour l’attaquer et peut la saisir par les pieds pour l’emporter sous l’eau et la dévorer entièrement. »

(1) Dictionnaire général de biographie et d’histoire ancienne et moderne, Paris, 1880, p. 127

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