CORPUS DES VOYAGEURS

FRANCESCO SURIANO

 
1503

SURIANO, FRANCESCO, Il trattato di Terra Santa e dell’ Oriente di Frate Francesco Suriano, Missionario e viaggiatore del secolo XV (Siria, Palestina, Arabia, Egitto, Abissinia, ecc.), éd. G. Golubovich, Milano, 1900 (1).

F. Suriano est de l’ordre des frères Observantins de Saint-François. Ce récit fut écrit à la demande d’une religieuse de Sainte-Claire, au couvent de Sainte-Lucie à Foligno (2).

p. 17-18 :

Chapitre IX

« Dépense des pèlerins qui vont à Alexandrie et de là à Jérusalem.
Tout d’abord : à l’émir de la ville : 6 ducats
Au Nader de la ville : 3 ducats
Au Grand Diodar : un demi-ducat
Au Nachibeger : un duact
Au Luelli : un ducat
Au Nachib : un ducat
Au secrétaire de l’émir : un ducat
Aux colombiers, gardiens de la porte : un ducat
Au scrivan de la porte intérieure : un ducat
Au Turciman du Sultan : un ducat
Au Meseto de la marine : un ducat
Au Macademo de Dachtum : quatre gros
Aux portonotari de la marine : cinq gros
Au fontegar (gardien du comptoir) : deux gros
Pour le sauf-conduit, quand ils le demandent : un ducat
Lorsque les pèlerins partent au Caire ils donnent tous ensemble aux différentes personnes c’est à dire au Nachi, au Bezes, au Grand Diodar, aux assistants de l’émir, sept ducats.
Au Mamelouk qui les accompagne jusqu’au Caire, cinq ducats.
Au grand Turciman du Sultan, en rentrant au Caire, chaque pèlerin paye cinq ducats.
Lorsqu’ils passent par la porte de la marine à Alexandrie, ils sont inspectés et s’ils transportent de l’argent, ils doivent payer un ducat pour cent. »

p. 182-183 :

« De ce fleuve, on envoie l’eau à Alexandrie par un très grand canal creusé à main d’hommes. C’est sur ce canal, au moment de cette inondation, que les germes des Mores et les barques vont et viennent transportant les marchandises du Caire ; cette eau alimente la ville toute l’année. Et il est extraordinaire de voir l’allégresse et la joie de tous les Alexandrins, lorsque arrive cette eau. A ce moment-là, on attrape beaucoup de crocodiles. »

p. 186-188 »

Chapitre CXXXIV
Commencent les pèlerinages de la ville d’Alexandrie d’Égypte.

« Il y a, dans la ville d’Alexandrie, l’église Saint-Georges, qui fut d’abord la maison ou naquit saint-Jean l’Aumônier.
Item, l’église de Saint-Sabas
Item, l’endroit où fut martyrisée sainte Catherine, vierge et martyre, là il y a une indulgence plénière.
Item, la prison où elle demeura douze jours ; près de cette prison il y a deux colonnes ; là Maxence déposa les roues pour le martyriser.
Item, près des murs de la ville, à l’extérieur, il y a une très grande colonne, au-dessous de laquelle se trouvait autrefois l’idole que Maxence faisait adorer ; là on montre l’endroit où se tenait sainte Catherine lorsqu’elle reprochait à Maxence sa stupidité.
Item, à l’église de Saint-Marc l’Evangéliste, où il fut décapité et enseveli.
Item, un longue et large rue, qui passe au milieu de la ville, appelée Brecholi, tout au long de laquelle saint Marc fut traîné, attaché à la queue d’un cheval, jusqu’au milieu où il fut martyrisé, par des endroits escarpés et rocheux.

Chapitre CXXXV
De la grande et noble ville d’Alexandrie.

La ville d’Alexandrie est grande ; elle a un pourtour de six milles et demi. Elle est entourée de murailles et de braies jusqu’à nos jours. Bien qu’autrefois elle ait été une ville de premier plan et très célèbre, de nos jours c’est une ville en ruine et peu habitée ; si ce n’était en raison de la quantité de marchandises qui y parviennent et pour être le port de la ville du Caire, elle serait totalement inhabitée à cause de son climat désastreux. Cette ville, jusqu’à nos jours, est agrémentée de nombreux jardins, possède des fruits en abondance, mais il n’y a pas de vigne ni de grenades. Il y a très peu de viande, une assez grande quantité d’oiseaux, peu de blé, mais beaucoup de riz et les meilleurs câpres du monde.
Dans cette ville, qui est très ancienne, ont été martyrisés plusieurs saints. Cette ville est à quatre-vingt-dix milles du Caire et à une journée de Rosette, une des embouchures où le Nil se jette dans la mer Méditerranée. Il y a dans cette ville un château où habite l’Emir de la ville. Dans la cour du château, il y a une aiguille, comme celle de Saint-Pierre de Rome, mais plus belle car elle est entièrement gravée de figures en relief. Cette ville a deux ports : l’un s’appelle le vieux-port qui est grand et en sécurité, là on ne laisse entrer aucun navire chrétien. L’autre port est grand et assez sûr, le sultan y a fait faire une entrée très fortifiée qui est comme une forteresse du port, en un lieu appelé Faviglione ou plutôt Pharion, où anciennement une lanterne y était allumée chaque nuit pour la sécurité et la sauvegarde des navires qui y arrivaient. On apercevait sa lumière en haute mer. On faisait ainsi car toute l’Egypte est bien plus basse que la mer et il était facile de périr. Pour la sécurité, les marins se dirigent à l’aide d’une sonde (ou bolide) : autant de pas mesure la profondeur, autant de milles ils sont éloignés de la terre. Mais depuis la construction de ce bâtiment, les navires chrétiens n’y rentrent plus car ils ne pourraient plus en sortir comme ils le veulent.
Dans cette ville, chaque nation chrétienne a son Fontego, l’endroit où sont les marchands. Les Vénitiens qui commercent plus que les autres ont deux Fontichi, un grand et un petit.
Je pourrais raconter beaucoup plus de choses sur cette ville car j’y suis allé plusieurs fois entre mille quatre cent soixante-deux, date de mon premier voyage, et mille cinq cent trois. Lorsque je fus gardien la première fois au mont Sion, je me rendis à Alexandrie pour prêcher le carême, du temps de Aluvise Rimondi, le Magnifique, très digne consul de l’Illustrissime Seigneurie de Venise. »


(1) Traduction : C. Burri et N. Sauneron (archives Sauneron, IFAO).
(2) Archives Sauneron.

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