CORPUS DES VOYAGEURS

VOYAGEUR ANONYME

 
entre 1419-1425

MORANVILLE, H., Un pèlerinage en Terre sainte et au Sinaï au XVe siècle, Paris, 1905.

Attribué d’abord faussement à Claude de Mirebel qui n’était en réalité qu’un des nombreux propriétaires du manuscrit, l’auteur de cette relation demeure inconnu ; il ne nous donne que quelques vagues détails sur sa personne, aucun renseignement sur la date de son pèlerinage, ni sur les personnes qui l’auraient accompagné. L. Mahfouz propose de l’identifier à Monbert de Albin, qui visita le Sinaï en 1431, et dont le nom fut relevé en 1935 par Rabino dans le réfectoire du monastère (1).

p. 32-33 :

« Item, de là qui veult aller en Allixandrie pour aller plus tost et à son ayse que sur les asnes ne sur les chameaulx, on peult monter sur barques et descendre sur la riviere contre bas ; dont au descendre voist on le tiercenal où le soldain tient ses gallées, où en veismes maintes et plusieurs aultres vaisseaulx. Lors descend l’en par la riviere deux journées ou bien près ; et lors convient descendre en ung villaige duquel ne me souvient pas-bien le nom et là demourer celle nuit et louer asnes pour chevaulchier jusqu’en Allixandrie. Et de cedit villaige se fault partir en esté après mynuit pour le grant chault qu’il y fait.
Et quant on est en Allixandrie dix mille près, il fault par une très molle et penible sablonniere passer ; puis vait on à Allixandrie logier. Sy doit chascun pellerin estre certain que à l’entrée de la cité, au portail, il sera jusques à ses secretes parties serchiez, ou au moins à noz très grans desplaisirs le fusmes nous par la coustume de cellui temps. Puis fusmes envoyez logier à Fondigo des Venissiens ; et là les marchans Venissiens et aultres, quant ilz scevent les pellerins venus, que quelque part que ilz soient, les viennent festoyer. Et l’andemain que les pellerins sont aucun peu reposez, ilz les maynnent veoir la cité et les choses à nous merveilleuses, especialement la prison où madame sainte Katerine fust mise et là où elle devoit estre martiriée, quant les angelz, par le voulloir de Dieu, firent rompre et detrenchier les renes ; et puis les maynnent aux deux collomnes sur le lieu propement où elle fina ses glorieux jours par avoir sa teste trenchée. Puis les maynent veoir le pallaix et les très fortes murailles doubles moult garnies de très grosses tours. Aultre chose ne veismes que à escripre facent, fors que les villennies que ces faulx mastins nous disoient et eussent par tout fait, se ilz eussent osé ne peu.
En celle cité de Allexandrie, telle ordonnance y est que pour quelque feste que les Sarrazins ayent, tant grande leur soit, et les gardes apperchoivent quelconcque nave, gallée ou quelque aultre vaisseau que ce soit, incontinent les gardes du port cincq ou six de eulx leur vont au devant savoir qui est le patron, comment il a nom et dont ilz sont et quelle marchandise ilz maynnent, ains qu’ilz puissent entrer dedens le port. Et quant ilz ont la reponce eue, ilz escripvent deux lettres l’une comme l’autlre et les lyent sur deux coullons, tant qu’ilz peuent voller, ilz vont l’un au Soldain et l’aultre à l’amiral : par lesquelx coullons, en très peu de heure, ilz scevent les venues des vaisseaulx, aussy l’eure et le jour. Laquelle chose des coullons est bien forte à croire ; toutesfoiz l’afferment les marchans chrestiens.
Item, est assavoir que en ladicte cité de Allexandrie fault tant demourer que quelque navire ou vaissel Crestien y viengne, sy par adventure le navire n’y est pour eulx en retourner ; mais il n’est gaires que de plusieurs pars n’y en viengne dont les plus portent pellerins qui descendent à Jaffe pour la descendue de jherusalem ; Et quant ilz sont là descendus entre tant qu’ilz font en la Terre leurs pellerinaiges, les gallées vont maintesfois deschargier en Allexandrie où il n’y a par mer que trois cens milles, passant devant Damyette et devant Acre et descendre qui veult à Bal Barut, qui est le droit milieu de Jaffe à Allexandrie, et là attendre les aultres pellerins. »


(1) MAHFOUZ, L., Pèlerins et voyageurs au Mont Sinai, Le Caire, IFAO, 1961, p. 48-51.

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