LES FORTIFICATIONS DE LA VILLE D'ALEXANDRIE depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours

Histoire des fortifications

 
K. Machinek, architecte-archéologue
 

Les fortifications d’Alexandrie à l’époque mamelouke (1250-1517)

La ville médiévale se situait sur la langue de terre rocheuse entre le lac Mariout et la Mer Méditerranée, dans l’emprise de la cité antique ruinée. À cette époque, Alexandrie était un centre du commerce de l’Orient et une place frontalière de l’empire mamelouk, exposée en permanence aux dangers venant de la mer ouverte. La ville devait donc être protégée par des fortifications que l’on entretenait, restaurait et complétait par de nouveaux ouvrages.
Les quartiers résidentiels étaient entièrement enclavés par la muraille toulounide (IXe s.), le gouvernement interdisait aux Alexandrins de loger extra muros. La muraille était ponctuée de nombreuses grosses tours, dont certaines faisaient office de fortins. Les deux ports de part et d’autre de l’isthme étaient défendus par des forts isolés. Au nord du Port Ouest - le mouillage des musulmans - s’élevait une petite forteresse (M5) construite au XIIIe s. Le Port Est des mécréants était davantage fortifié : son entrée était surveillée par deux forteresses en vis-à-vis : le Pharillon (M7 - XVIe s.) à l’est du passage et à partir du XVe s. le fort Qaitbay (M9) en face, bâti sur les ruines du Phare effondré. Ce nouveau fort faisait partie d’un vaste projet du Sultan Qaitbay : la fortification du littoral égyptien par un chapelet de forts à Rosette, Damiette et Abu Qir.

M3 - Tour du stade M9 - Fort Qaitbay M5 - Fort Vieux M7 - Pharillon M8 - Tour de la Poudre M1 - Tour des romains M2 - Tour de Shallalat M4 - Fort triangulaire M6 - Tour de Kôm el Wal´at fondFig5
Schéma de la ville d’Alexandrie à l’époque mamelouke
Carte dressée par K. Machinek © archives CEAlex
Les fortifications alexandrines à l’époque ottomane (1517-1798)


Après la victoire des Ottomans sur les Mamelouks en 1517 et l’incorporation de l’Égypte dans l’empire turc, le pays devint une simple province ottomane. Alexandrie n’était plus une ville de frontière ni une plaque tournante commerciale. La Méditerranée orientale était devenue une mer intérieure de l’empire ottoman, dominée par les Turcs. Au début du XVIe siècle, la transformation fondamentale de la ville commença. La protection des citadins derrière la muraille arabe étant devenue obsolète, la ville arabe intra muros fut condamnée petit à petit en faveur de la création d’une nouvelle ville sur la péninsule au nord. A la fin du XVIIIe s, la ville s’était entièrement reconstituée sur l’isthme.
À l’époque ottomane, la situation des défenses d’Alexandrie est marquée par le réaménagement des fortifications existantes, leur réemploi à des fins civiles et leur abandon.

La ville d'Alexandrie à l'époque ottomane M3 - Tour du stade M9 - Fort Qaitbay M5 - Fort Vieux M7 - Pharillon M8 - Tour de la Poudre M1 - Tour des romains M2 - Tour de Shallalat M4 - Fort triangulaire FondF6

Schéma de la ville d’Alexandrie à l’époque ottomane
Carte dressée par K. Machinek © archives CEAlex

Les fortifications alexandrines sous Napoléon Bonaparte (1798-1801)

En juillet 1798, l’armée de Bonaparte débarqua à l’ouest d’Alexandrie. Les soldats français prirent la ville sans le moindre problème, les fortifications étant dans un très mauvais état. Bonaparte resta sept jours dans la cité et donna vite l’ordre de remettre toutes les fortifications en état de fonctionnement et de déloger les occupants civils des forts. Il ordonna aussi le relevé précis de la ville et de ses bâtiments militaires. Une partie de ces dessins furent publiés dans la Description de l’Égypte, les relevés militaires et de nombreuses cartes topographiques sont conservés aux archives militaires du château de Vincennes. Les ingénieurs du génie civil établirent plusieurs ouvrages défensifs modernes extra et intra muros : des batteries, des forts et des redoutes ainsi que de nouvelles portions de muraille.

La ville d'Alexandrie sous napoléon Bonaparte M9 - Fort Qaitbay M8 - Tour de la Poudre M5 - Fort Vieux M7 - Pharillon M1 - Tour des Romains M2 - Tour de Shallalat M3 - Tour du Stade B5 - Fort Leturcq B4 - Fort de Pompée B3 - Redoute de la Grenade B2 - Fort Caffarelli B1 - Fort Crétin M4 - Fort Triangulaire B6 - Redoute de Cléopâtre fondF7

Fig 7 Schéma de la ville d’Alexandrie après les modifications faites par Napoléon Bonaparte (1801).
Carte dressée par K. Machinek, @ archives CEAlex

Les fortifications alexandrines à l’époque moderne

Au milieu du XIXe s., le vice-roi Mohamed Ali projeta le réaménagement de la ville d’Alexandrie. Il fit alors appel à un ingénieur français, Barthélémy Gallice, et le nomma directeur des fortifications. Ce dernier entreprit l’énorme tâche de fortifier la ville selon les principes de Vauban. Mais son grand projet de modernisation des fortifications entra en conflit avec une évolution contradictoire : l’explosion démographique. La ville turque était devenue trop petite et la nouvelle Alexandrie cosmopolite avait besoin de davantage de terrains. La ville allait commencer à s’étendre depuis son noyau ottoman sur l’isthme vers le Sud et l’Ouest, puis vers l’Est. En même temps que Gallice Bey érigeait des bastions (dont G3 et G4) devant la Porte de Rosette à l’est, on commençait à détruire la portion nord-ouest de la muraille.

gallice bey

Schéma de la ville d’Alexandrie après les modifications faites par Gallice Bey (1855).
Carte dressée par K. Machinek, © archives CEAlex

L’évolution urbaine au XXe siècle

Le démantèlement de la muraille médiévale se poursuivit jusqu’à sa disparition quasi-totale au début du xxe siècle. La superficie urbaine s’élargit à grande vitesse. Aujourd’hui, la ville s’étend sur 60 km le long de la côte nord, limitée au Sud par le lac Mariout. Le XXe s. vit la naissance des guerres aériennes et la fin des fortifications traditionnelles, devenues surannées. Aujourd’hui, les quelques vestiges militaires qui subsistent sont classés dans la liste des monuments historiques.

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G6 - Fort Adda M9 - Fort Qaitbay M8 - Fort de la Poudre M7 - Pharillon G7 - Tour Selseleh M1 - Tour des Romains G3- Cartoucherie M2 - Tour de Shallalat G4 - Bastion n°3 M3 - Tour du Stade G1 - Fort Kôm el Dikka G8 - Fort Einab G9 - Fort Kôm el Chougafa G10 - Fort Saleh G11 - Fort Oum Koubebah G12 - Fort Mallaha G2 - Fort Kôm el Nadoura G5 - Fort Ras el Tin fondFig8