Maréa - les sources anciennes
Actuellement l'identification de ce site à l'antique Maréa reste hypothétique. Maréa, capitale de la Maréotide, est une des villes les plus importantes de la région à l'époque gréco-romaine. Antérieure à la fondation d'Alexandrie, son occupation est attestée du Ve siècle av. J.-C. jusqu'au XIVe siècle ap. J.-C. par les sources littéraires.
Dès la Basse Époque pharaonique, Hérodote mentionne la ville et son territoire. Situé à la frontière de la Libye, le site avait un rôle défensif et les garnisons y stationnaient à l'époque du Pharaon Psammétique Ier (663-610 av. J.-C.). D'autres auteurs témoignent de l'importance stratégique de ce site : Thucydide raconte que le "roi des Libyens, voisins de l'Egypte", avait pris pour base "Mareia, en arrière de Pharos" afin de diriger le soulèvement des Egyptiens contre les Perses ; Diodore, au Ier siècle av. J.-C., note que la bataille entre Amasis et Apriès (fin de la première moitié du VIe siècle av. J.-C.) eut lieu "près du village de Mareia".
La ville de Maréa est considérée par Falaki comme la "clef de l'Égypte côté africain" de la même manière que Péluse est celle côté asiatique.
Il note que lors de la guerre d'Alexandrie (48 av. J.-C.), l'armée de Jules César a dû passer par Maréa pour contourner une partie du lac et rejoindre Mithridate de Pergame à proximité de la voie Canopique afin de combattre l'armée de Ptolémée XIII. A l'issue de cette bataille l'armée alexandrine fut massacrée, Ptolémée prit la fuite, se noya dans le Nil et Cléopâtre VII devint la seule souveraine d'Égypte de fait.
Peu d'informations nous renseignent sur l'époque et les causes de l'abandon de la ville. Pour Maqrizi, Maréa est encore un lieu d'échanges commerciaux important pour Alexandrie au début du XIVe siècle. Etienne Quatremère cite un géographe arabe anonyme qui parle de Maréa comme étant un grand village renfermant "une grande quantité de jardins" et produisant des fruits pour Alexandrie. Quant à De Cosson, il note que Maréa continue d'exister au moins jusqu'au XIVe siècle et que pendant longtemps elle reste le principal dépôt commercial du nome. Il suppose que le site est déserté après la conquête turque en 1517, quand Alexandrie, elle-même, décline.
Maréa - la question de l'identification
De nombreux chercheurs comme De Cosson et El-Fakharani ont suivi Falaki dans son identification. Cependant, jusqu'à une période récente, la plupart des ruines mises au jour dataient des Ve-VIIe siècles ap. J.-C.
Certains spécialistes l'ont donc interprété comme une étape de pèlerinage et un avant-poste militaire à l'époque byzantine. Ils proposent d'y reconnaître Philoxénité, une ville créée par Philoxénos un préfet du prétoire de l'empereur Anastase (491-518) pour l'accueil des pèlerins en route vers le célèbre monastère d'Abou Mina (dont l'apogée dura deux siècles, aux Ve et VIe siècles, et qui continua d'être fréquenté jusqu'au Xe siècle), situé à une trentaine de kilomètres au sud-ouest. Venant d'Alexandrie par le lac, les pèlerins débarquaient à Philoxénitè avant de partir pour le monastère. Tout était prévu pour l'accueil de ces voyageurs d'un type particulier (large port, thermes et hôtelleries), pour le débarquement des marchandises nécessaires à une telle affluence ainsi que pour l'embarquement des productions agricoles et artisanales de la région.
Les travaux récents prouvent la présence d'une implantation bien antérieure au Ve siècle ap. J.-C. Mais bien que ces résultats battent en brèche l'identification à Philoxénité, l'identification à Maréa reste pour le moment hypothétique.
Quel que soit le nom donné à ce site, il est un des plus beaux exemples de villes lacustres en bordure du Mariout dont le développement est lié aux échanges entre Alexandrie et son arrière-pays (exportation de production agricole mais aussi de l'artisanat local comme le verre, le métal ; pèlerinage durant l'Antiquité tardive). Son remarquable état de conservation permet d'aborder les problèmes d'implantation et d'organisation d'une ville importante en bordure de lac. |