Alexandrie ottomane et moderne
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Enquête sur les archives en ottoman concernant Alexandrie (XVIe-XVIIIe siècles)


C’est grâce à une délégation accordée par le CNRS à Faruk Bilici, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et mis à la disposition du Centre d’études alexandrines (CeAlex) que ce programme est mené. L’Institut français des études anatoliennes d’Istanbul (IFEA (http://www.ifea-istanbul.net) en est un des partenaires importants.

Cette enquête sur les archives ottomanes se poursuit dans trois directions : les archives ottomanes à Istanbul ; les archives en turc ottoman au Caire et les archives ottomanes conservées à la Bibliothèque nationale Cyrille et Méthode en Bulgarie (Sofia).

Archives ottomanes d’Istanbul

Les sources de cette étude sur Alexandrie ottomane (XVIe-XVIIIe siècles) sont constituées essentiellement par les archives conservées à Istanbul dans les Archives ottomanes de la Présidence du Conseil (Başbakanlık Osmanlı Arşivi), au Palais de Topkapı et au Centre d’Archives judiciaires d’Istanbul. Les fonds les plus importants concernant la période qui nous intéresse sont les registres dits des « affaires importantes » (Mühimme defterleri). Pour le XVIIIe siècle une série particulière consacrée à l’Egypte (Mühimme-i Mısır) nous fournit des informations exceptionnelles. Par ailleurs, dans l’ensemble des 33 grands fonds de registres conservés aux archives (Kâmil Kepeci, Bâb-ı Âsafî, Bâb-ı Defterî Baş Muhasebe Kalemi....) ainsi que dans les séries dites des « pièces » (Divân Kalemi, Ali Emirî, İbnülemin, Hatt-ı Hümâyun) d’innombrables documents nous fournissent des informations restées largement inexploitées. Enfin un fonds particulier consacré à l’Egypte (Divân-ı Hümâyûn Mısır Valiliği Kalemi) pour les XVIIe et XVIIIe siècles (1689-1792) contient un millier de documents qui apporteront sans doute des renseignements précieux.

De la même manière, de nombreuses séries de documents conservées aux Archives du Palais de Topkapı complètent les informations fournies par les archives précédentes. Les registres comptables concernant notamment les waqfs des sultans mamelouks proviennent de ce fonds.
Mais une autre source est susceptible de contenir certains éléments nous permettant d’apprécier la place de la ville d’Alexandrie dans l’univers ottoman. Il s’agit des registres judiciaires (sicil de kadi) conservés dans les archives du centre portant le même nom Centre d’Archives judiciaires d’Istanbul (Şeri’ye Sicilleri Arşivi).

Enfin les riches bibliothèques de manuscrits d’Istanbul (surtout Süleymaniye) seront explorées afin d’évaluer les manuscrits ottomans (histoire, géographie, récits, waqfiye etc.) consacrés à Alexandrie.

Archives ottomanes d’Ankara

De même, il serait indispensable de faire un sondage dans les Archives de la Direction générale des Vakıf à Ankara.

Documents en ottoman conservés aux Archives nationales égyptiennes (Dâr’ul-wathâiq)

Il s’agit des registres de la série mahkama d’Alexandrie. Ils contiennent un grand nombre de documents en turc ottoman. Mais quatre registres sont particulièrement représentatifs de la période qui fait l’objet de ce projet. Il s’agit des numéros 15/1, 28, 101 et 107. Ces registres couvrent respectivement les périodes suivantes : 988h-991h/1580-1584, 997h-1004h/1588-1596, 1203h-1207h/1789-1792), 1208h-1218h/1793-1804.
Les actes collectés concernent essentiellement la correspondance entre les autorités ottomanes au Caire et celles d’Alexandrie, mais également entre le pouvoir central à Istanbul et Alexandrie et représentent de ce fait un ensemble particulièrement intéressant.

Cette correspondance porte notamment sur la sécurité des marchands, des consuls et des navires ; sur le recrutement de marins et la fourniture de produits de première nécessité pour la cour et la capitale ottomane ; sur les waqfs, les questions de l’eau (canal d’approvisionnement de la ville en eau du Nil, citernes, réparation et renforcement des digues de protection contre la mer) ; sur l’entretien et la réparation des fortifications à Alexandrie et Rosette, sur la construction de navires. La Porte est particulièrement attentive à la collecte des taxes et impôts, leur envoi soit au Caire soit à Istanbul directement. Surtout aux XVIe et XVIIe siècles, le commerce des épices représentait une activité importante à Alexandrie ce qui transparait très nettement dans ces documents. La collecte de ces taxes (iltizâm ou mukataa) était confiée pour l’essentiel à des notables juifs réfugiés d’Andalousie. L’abondance de la documentation permet de suivre aisément les activités de multiples personnages souvent haut en couleur, tels les représentants du gouvernement dans la ville : kapûdan, bey ou Sancakbey, kadi, subaşı, muhtesib, mültezim, dizdâr (commandant des forteresses) ; les officiers des différents corps : Müteferrika, Azab, Tüfenkciyan, Gönüllüyân, Çerakise, Çavuşlar etc…

Bibliothèque nationale Saint-Cyrielle et Méthode (Sofia).

Une mission d’exploration sera réalisée à Sofia afin de voir de près ce qui en est d’Alexandrie ottomane parmi les 900 pièces et registres estampillés « Egypte ».

Constitution d’une base de données

L’ensemble des documents ainsi collectés servira à l’élaboration d’une base de données. Conçues à partir de FileMaker Pro, cette base de données, regroupera l’ensemble des données recueillies à partir des dépouillements réalisés dans les fonds signalés. Elle pourra être mise en réseau avec les deux autres bases de données existantes. Les documents y figureront sous forme tantôt de résumé, tantôt de transcription intégrale avec la possibilité d’une visualisation de la copie du document original en ottoman.

Une équipe de chercheurs est constituée pour dépouiller l’ensemble de ces archives, mais aussi pour alimenter la base de données.

Etude sur « Les relations politiques, administratives et économiques entre Alexandrie et Istanbul (XVIe-XVIIIe siècle) »

Elle portera essentiellement sur deux aspects fondamentaux

I. L’étude des relations maritimes entre Alexandrie et Istanbul

Suite à la conquête ottomane d’Egypte, l’axe maritime Alexandrie-Istanbul devient la colonne vertébrale de l’Empire ottoman en Méditerranée orientale pour de multiples raisons :

  • position géographique au cœur de l’Empire rendant les déplacements faciles et rapides ;
  • importance des échanges entre l’Egypte et Istanbul ;
  • mobilisation des ressources de l’Egypte en hommes, en matériel, en marchandises au service de l’Empire ;
  • appui sur cet axe maritime Alexandrie-Istanbul pour la poursuite de l’expansion vers la mer Rouge et en Méditerranée occidentale, puis pour la préservation du domaine ottoman..

L’organisation de la liaison maritime entre Alexandrie et Istanbul est un autre grand champ à explorer. La navigation elle-même, les différents escales, l’organisation de la tête de pont à Istanbul ; la mobilisation des moyens matériels, techniques, humains pour l’activation de cette route et la protection de celle-ci.

Les études consacrées à l’histoire maritime de la Méditerranée orientale sont pour l’instant très partielles, elles le sont encore plus pour la période ottomane et sur la longue durée.

Cela implique l’étude de domaines tels la construction navale, la navigation, la sécurité, la course et la piraterie, mais aussi la circulation des hommes (marchands, pèlerins, fonctionnaires) et des marchandises. Une attention particulière devra être portée aux questions de crises : peste, guerres, insurrections.

II. L’administration de la ville d’Alexandrie en tant que port ottoman

Il s’agit d’étudier l’aménagement et la protection du port, les structures administratives, commerciales, et d’accueil (fondouk, khans).

  • Alexandrie comme point d’aboutissement de l’axe sud-nord que nous avons signalé. Alexandrie était à la fois base navale, carrefour commercial, et point de rupture et de transbordement entre circulation maritime et navigation fluviale.
  • Alexandrie et Rosette à 40km plus à l’est sur le Nil près de son embouchure constituaient de fait un véritable complexe de deux ports complémentaires. Rosette était le point d’aboutissement de la navigation fluviale, Alexandrie pour l’essentiel le point de départ des routes maritimes. Entre les deux, les marchandises étaient transbordées soit par la mer sur des barges permettant de franchir les bouches du Nil, soit par un canal reliant le Nil à Alexandrie, soir par une route caravanière longeant les lagunes d’Edku et de Mariout et protégée de la mer par une digue. Des travaux permanents étaient nécessaires pour assurer la protection et l’entretien de ces multiples infrastructures. A notre connaissance aucune étude approfondie n’a encore été consacrée au système d’aménagement des voies navigables et à la question des transbordements entre les deux villes. Les sources ottomanes en Turquie sont en mesure d’apporter des informations décisives sur ces aspects, peu abordés par contre dans les sources en arabe.
  • De même, il faudra étudier les différentes étapes de construction et d’aménagement des canaux, les travaux d’adduction et d’assainissement des eaux entrepris par les pouvoirs publics ottomans au cours des trois siècles.
  • Intégrée dans l’Empire comme base maritime, Alexandrie était certes une place marchande, mais c’était aussi un port militaire avec un arsenal, des garnisons, une administration qu’il faudra étudier.
  • Ce travail viendra donc se greffer sur les études en cours sur le développement urbain (Michel Tuchscherer, Ghislaine Alleaume) par l’apport de toutes les données nouvelles concernant l’organisation matérielle de l’axe Alexandrie-Istanbul. A partir de là, une analyse pourra être faite sur les effets structurant de cet axe dans l’aménagement et le développement de la ville à l’époque ottomane.

Sous la double autorité d’Istanbul et du Caire, Alexandrie était un lieu de passage des fonctionnaires ottomans et des pèlerins musulmans allant en Egypte et vers les lieux saints de l’islam. Mais c’était aussi parfois un lieu de résistances des beys mamelouks locaux contre l’administration ottomane.

Cette étude vise donc à apporter sa contribution à la fois à l’histoire économique et maritime en Méditerranée orientale, à celle des relations internes de l’Empire ottoman et enfin et surtout à celle du rayonnement d’Alexandrie sous l’Empire ottoman au cours des trois siècles (XVIe-XVIIIe siècles).

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